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Tucuman (Argentina) - Sept-Oct 2012

Pour voir quelques photos cliquez sur le lien suivant:

http://sdrv.ms/WhOywA

San-Miguel de Tucumán / premiers spectacles (sept 12) :

Capitale fédérale de la province de Tucuman, nous y arrivons après 23 heures de bus. Nous sommes au centre-ouest-nord du pays, au pied des « Cerros », qui sont les prémisses de la cordillère des Andes. Nous sommes accueillis par Carlos Molineri (biologiste) et sa compagne Véronica Buzzo (danseuse). Nous avons trouvé une petite maisonnette en location jusqu’à la fin novembre. Félix et Léo sont déjà inscrits au club de foot local, et participent à leur premier tournoi argentin. C’était trop compliqué de les inscrire à l’école locale, donc nous poursuivons nous-mêmes le tutorat. Après 2 mois, Félix parle couramment, avec l’accent argentin, et Léo commence à se lâcher. Nous nous sommes déjà fait au maté et au terere (le maté aux glaçons).

Carlos, Vero, Daniel et d’autres ont monté, il y a quelques années leur association « Hermanos de la Tierra », un réseau de biologistes de différentes villes du nord du pays et de Buenos-Aires. Ils mènent des ateliers de formation publique, de formation de professeurs d’école, et d’étudiants de 6 à 18 ans, en milieu rural et ailleurs, sur toutes les problématiques qui touchent la salubrité de l’eau. Les enjeux de l’eau, et de la pollution, de la purification sont cruciaux. Les massifs montagneux magnifiques de l’ouest et nord du pays, quasiment inhabités sont très riches en cuivre, aluminium et or. Il y a beaucoup de mines à ciel ouvert qui sont exploitées par de très grosses boîtes canadiennes. Celles-ci profitent des normes argentines de traitement des eaux usagées quasiment inexistantes, ou graissement de pattes, pour asphyxier faune et flore de ces régions montagneuses énormes. L’eau n’est plus potable.

Dans certaines régions qui semblent si retirées du monde, si vierges, si pures (…), on ira acheter son eau en bouteille 2 à 3 x plus chère qu’en Suisse, pour un revenu moyen divisé par 4.

A côté de son poste de recherche, à l’uni, en systématique de découverte d’espèces d’insectes, Carlos collabore avec 13 écoles rurales et communautés, dans les alentours de Tucuman, pour ces projets de sensibilisation sur la qualité de l’eau. Un travail qui vise en relais à demander aux mairies de s’informer, d’informer la population en retour, et de demander l’aide à certaines instances de faire appliquer un début de normes de protection et de prévention d’hygiène publique…

L’intimidation et pots-de-vin sont encore la règle première nous dit Carlos, mais il faut bien tenter les prémisses d’un changement.

Après une grosse semaine de répétition des 2 spectacles miniaturisés, (sur les thèmes de l’eau et de la forêt) dans le salon de notre maisonnette, nous démarrons l’aventure. Félix et Léo sont devenus des techniciens de théâtre, ils savent vider et remplir dans un ordre très précis les 3 ou 5 caisses. Monter l’écran de projection, le mini tapis de danse, gaffer le tout.

Ça y’est, nous sommes dans la 1e école, à 1100m d’altitude, à Raco (village natal du fameux chanteur Atahualpa Yupanqui) nous passons devant le four à pain de l’école, il est 7h45, la cuisinière prépare déjà ses poulets.

Les élèves en rang d’oignons , devant la bannière nationale récitent en choeur le « notre père ». Et tous partent dans leur classe pour recevoir le petit-déjeuner sur leur pupitre. Il y a 2-3 années plusieurs élèves sont morts de la faim dans ces villages de montagne. Depuis, l’Etat « oblige » en prévention, à tout élève d’école primaire à prendre le p’tit-déj en classe, ainsi que le repas du midi dans un réfectoire, après les cours de la matinée. Rassasiés, les enfants peuvent rentrer chez eux.

On nous alloue une salle, pour le spectacle, et en 1h1/2 elle est transformée en petit théâtre : fenêtres assombries, 4 mini projecteurs lumière, 1 mini vidéo-projecteur, 2 enceintes pour la diffusion de la musique consomment pas plus de 100 Watt. Je n’ai besoin que d’une seule prise 220 V. Mais après 10 minutes de montage, les plombs sautent dans toute l’école ! ça va être la loterie. Le problème est vite résolu.

Notre arrivée est un événement dans l’école, les 200 élèves et tous les profs veulent pouvoir assister à « Enki, Chanteur d’eau ». Mais en bourrant bien, seuls 60 peuvent entrer. On joue 3 fois sur 2 jours. Marie, qui surveille de près le vidéo-projecteur est encore plus impressionnée que les élèves,… Ils sont aspirés, hypnotisés, et se retrouvent presque sur le mini-tapis de danse. Aucun de ces élèves n’a jamais vu de sa vie un spectacle, ils sont d’une pureté incroyable, avec des rires, des peurs, des expressions complètement dingues. C’est génial, génial, génial. A midi nous mangeons avec les profs dans leur réfectoire, superbes moments. Avant de nous quitter, le directeur de l’école me remet un paquet cadeau ; 1 set de maté, un short argentin, et un diplôme de remerciement « à toute la famille en voyage », écrit à la plume, dans une très belle écriture manuscrite par le prof d’art plastique. Le tout enrobé de 10'000 cachets administratifs !

D’avoir imaginé pendant 2 ans cette miniaturisation de spectacle, d’avoir foncé 3 mois intensivement sur sa réalisation juste avant de prendre le cargo, d’avoir réparé, réadapté certains objets à leur arrivée cabossée sur le tarmac argentin, d’avoir traité en catastrophe tous ces morceaux de bois rongés par les vers dans l’avion, de voir soudain que tout fonctionne à 2000 mètres d’altitude, et à 15’000km de Genève, yes, ça c’est du bonheur !

Les nouvelles vont très vite, et avant notre départ de Tucuman nous sommes déjà attendus avant fin novembre dans une 20’taine de lieux, certains à une distance d’un demi-doigt sur la carte du pays… Mais à 500-600km de notre maisonnette dans la réalité. L’Argentine n’est pas un pays, mais un continent.

Marie débute demain avec Carlos, sa collaboration avec ses ateliers dans la nature ; prélèvements et analyses d’échantillons d’eau dans la rivière du prochain village, puis étude en classe de la flore de ceux-ci.

Félix et Léo tombent de sommeil devant leur idole « Messi » lors du match Chili-Argentine. Leurs journées comme les nôtres, dans un rythme certes moins excité qu’en Suisse, sont bien remplies.

Le Plastique (sept 12) :

Le plastique est une plaie. Quand on traverse les campagnes en bus, on sait toujours repérer l’arrivée d’une ville prochaine par les innombrables milliers de sachets plastique de supermarché, qui, comme des crêpes, sont retenus dans les arbres. La fin des campagnes en est infestée.

A Tucuman, ville de 1'500'000 hab., il n’y a pas d’usine de traitement des déchets. Il y a des montagnes noires de la taille d’un terrain de football, de 50 mètres de haut chacune, qui s’ajoutent les unes aux autres, comme des wagons en bordure de ville.

Un boulevard retient ces dernières collines, puis c’est l’univers du citron. Des milliers d’arbres à perte de vue, magique, la plus importante production et la meilleure de la planète, me dit le chauffeur de taxi. Si vous achetez un citron en Europe, et qu’il ne vienne pour sûr pas d’Israël, alors il viendra forcément de Tucuman en Argentine !

Trafic à Tucuman (sept 12) :

Hier nous étions à Raco, petit village à 30km de S.Miguel de Tucuman.

Sur l’autoroute qui nous ramène à la « capital federal » il est normal de se dépasser par la droite. La double voie passe fréquemment à voie simple, puis à double… et simple ..., et double… Les dépassements des gros camions Ford surchargés, pétaradant avec des poussées misérables (mais au look d’enfer), deviennent un exercice un poil stressant.

Mais Carlos Molineri, notre conducteur, est heureusement très posé, et prudent.

Dans sa petite Fiat, nous sommes beaucoup d’adultes, et pas mal d’enfants, plus tous le matériel théâtre du spectacle Enki, que je viens de jouer 3 X à l’école de Raco. (Un véhicule identique ne contient en fait pas le même volume intérieur en Argentine qu’en Suisse. 1 seul m3 suisse vaut à peu près 2, 25 m3 argentins, et certainement 3 m3 paraguayens ! C’est pareil pour les motos 80 et 125 cm3. En général c’est 3 à 5 personnes sur la moto, bébés et grand-mères compris.)

…Puis soudain sur cette même autoroute nous dépassons des cyclistes, qui roulent tranquillement sur la voie d’urgence. Plus loin un petit sentier sillonne dans les bois et traverse l’autoroute, permettant aux travailleurs d’une usine de rejoindre leur maison de l’autre côté.

Il n’y a aucune barrière de protection sur l’autoroute, et quasiment aucune signalisation lors des bifurcations. On se repère à la mémoire. Encore faut-il avoir fait une fois le trajet.

Voilà des chevaux qui broutent calmement au milieu des 4 voies. Ils sont rejoints par un cavalier qui en tire derrière lui d’autres, puis suivent deux petites motos 125, pilotées par de très très jeunes ados, sans casques, qui serpentent à contre-sens entre la plate-bande d’herbe et notre voie rapide. Des bolides, vitres teintées, déboulent au milieu du labyrinthe. Carlos ne bronche pas, c’est assez normal pour lui.

Les maisonnettes de recueillement miniatures en bordure de route l’attestent ; S.Miguel de Tucuman possède le triste record national de décès sur 2 roues en Argentine.

Tucuman (Argentina) - Sept-Oct 2012