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Les trois tiers-temps du Costa Rica (juin-juillet 2013)

Pour voir quelques photos (Jean-Luc Sudan & Mamafele), cliquez sur le lien suivant: http://sdrv.ms/1c0BFCE

Les 3 tiers-temps du Costa-Rica (juin-juillet 2013):

A) les multinationales fruitières :

L’histoire du Costa Rica est une histoire symptomatique de l’Amérique latine. Une histoire de cupidité, une histoire d’ogre comme très souvent, qui a failli mettre à genoux et flinguer une terre sublime pour des générations. Mais un sursaut populaire, une fulgurance de conscience à la fin des années 1970 a permis d’éviter le pire.

Le Costa Rica, petit pays d’Amérique centrale, posé entre le Nicaragua et le Panama, de la taille de la Suisse (4,5 millions d’habitants), est encore dans les années 1850 qu’une énorme jungle primaire. 5% des terres sont à l’époque défrichées. Le pays s’ouvre sur deux océans; pacifique et atlantique (côte des Caraïbes). 1000km de côtes imprenables, plus belles les unes que les autres, avec la forêt comme une lave verte, qui dégouline des collines dans l’eau.

Pour développer le pays le Congrès avalide un projet fou ; construire une ligne de chemin de fer qui traversera la jungle et les volcans, pour relier le port de Puntarenas (côte pacifique) au port de Limon (côte atlantique). Les travaux sont titanesques pour vaincre la pieuvre verte et tout ce qui y grouille. Il faudra plus de 3 décennies pour réaliser l’ouvrage, des milliers d’esclaves consumés dans les chantiers qui se stoppent régulièrement.

Vers 1875 un jeune ingénieur américain culotté (Keith), obtient l’autorisation de relancer l’ouvrage, et parvient avec l’apport de gros investissement et des dernières technologies de l’époque de concrétiser l’ouverture de la ligne ferroviaire. Mais surtout il obtient en « cadeau » en parallèle du chantier, le don et la gratuité d’exploitation par le Congrès costaricain de toutes les terres qui longent la voie, et ceci des deux côtés. Il en profite pour y planter pendant la réalisation de l’ouvrage des bananes (originaires d’Inde) pour pouvoir nourrir ses innombrables ouvriers, et s’aperçoit qu’elles poussent à merveille. Très vite il fonde la « United Fruit Company » qui lance rapidement les monocultures de bananes et ananas à travers le pays. La méthode est digne du grand esclavagisme.

Et l’on exporte à grande dose surtout vers les Etats-Unis, puis rapidement vers l’Europe. Les bénéfices sont à sens unique, pour les costaricains ils sont quasiment nuls. Se crée ainsi une des futures plus grandes multinationales fruitières du monde. Mais celle-ci est contrainte dans les années 40, au vu de sa politique humainement sauvage et sans scrupules de se dissoudre et de réapparaître sous d’autres noms comme « Chiquita », « Dole » et « Del Monte ». Les droits des ouvriers sont certes améliorés, mais à peine. Par ailleurs c’est le début de l’expérimentation des pesticides hyper agressifs, dont les effets sont accentués d’années en année. Les volumes déversés sont faramineux, et les législations nationales ont, comme partout en Amérique du sud, encore trop peu de poids pour obliger ces entreprises à respecter un soin clair pour les terres (découvrir l’univers des bananes avec un très bon ABE, sur la TSR : http://www.rts.ch/emissions/abe/1370527-banane-abe-teste-l-ethique.html). Comme récurrent, on fait ici ce que le ¼ du 1/5 ne serait pas toléré ailleurs. Radions donc à vie, sans gêne, ces 3 rouleaux compresseurs de notre garde-manger.

Par ailleurs cette première moitié de 20ème siècle fait subir au pays un véritable pillage des grosses billes de bois exotique provenant des forêts primaires. On passe de 95% de forêt à la fin du 19ème s. à 22% (!) à la fin des années 1970. En 1978 un véritable cri du cœur est lancé par certains parlementaires, et notamment le prix Nobel de la paix « Oscár Arias » . On réussit pour stopper l’hémorragie, à déclarer « Parcs nationaux » plus de 40% du territoire national. Une densité, variété de faune et de flore mondialement absolument exceptionnelle va enfin pouvoir être protégée et « réalimentée ». Parallèlement aux fruits, café, riz et huile de palme, l’éco-tourisme est un des gros revenu du pays.

Le pays se distingue également pour avoir renoncé dans les années 40 déjà, après une dernière guerre éclair de 2 mois, au développement d’une armée. Ce choix a permis entre autres des investissements énormes dans l’éducation publique (plus de 25% du budget national), et dans la santé. C’est certainement le seul pays d’Amérique latine à avoir une éducation scolaire et universitaire publique de très bonne qualité, et surtout (en dehors des fournitures) gratuite. Le niveau de vie moyen est le plus élevé d’Amérique du sud, avec un salaire moyen d’environ 600 dollars/mois. Mais le pays reste socialement fragile. En ce moment il peine à absorber dans son fonctionnement les 800'000 nicaraguayens venus y chercher refuge à la suite des années de guerre (1975-1986). Cette frange représente 20% de la population, et vit pour beaucoup d’entre eux en bidonville.

Avec l’ONG « Fútbol por la vida » nous sommes allés donner plusieurs représentations dans ces quartiers en bordure de San Jose.

B) l’exubérance verte :

La grande merveille du pays est la forêt vierge, luxuriante, épaisse. C’est un milieu magique, où les 5 sens sont gonflés à bloc. Chaque forme, chaque ligne, chaque tache sombre peut se transformer instantanément en une chose qui bouge et qui vit. C’est une rencontre entre l’imaginaire et le réel très intense. Toutes nos peurs enfantines remontent à fleur de peau : manger être mangé, étranglé, mordu, piqué, être avalé et digéré vivant. Rosine ne peut pas voir un serpent en peinture, Jean-Luc dort très mal après avoir découvert une grosse mygale sur la fenêtre. Léo, Théo et Félix font nettement moins les malins lorsque la pirogue s’approche dans un cul-de-sac d’un caïman. En marchant dans la forêt Félix n’a plus que le mot « venin » à la bouche. En tout cas il est redevenu un petit agneau docile et tout inquiet (ce qui contraste pas mal avec ses allures d’ado souvent décervelé et obsédé par son premier poil à venir au pubis.)

Il n’y a pas de zoo au Costa Rica, la faune est partout libre, et plus les jours passent et plus vite l’œil et l’oreille repèrent les animaux. Un si petit pays avec une telle diversité des espèces est exceptionnel. C’est royal. Si vous avez des étudiants en biologie animale autour de vous, il faut absolument les convaincre de faire un échange d’une ou plusieurs années dans ce pays. Pourquoi s’obstiner à Valenciennes, Brest, Grenoble ou Bümplitz…alors qu’au passage on s’enfile l’Espagnol en plus ?

Tortues énormes de l’océan qui viennent pondre de nuit sur la plage leurs centaines d’oeufs, caïmans, crocodiles, toucans, aigles, martin-pêcheur, foulques de jungle, colibris, hérons, pélicans, singes hurleurs, singes « ouistiti », singes capuccino, paresseux, iguanes, grenouilles de toutes les couleurs, parfois venimeuses, mygales de 10cm de diamètre et bien poilues, serpents boas, pythons, gros, petits, dangereux, insectes, menthes religieuses, grillons géants, lézards, iguanes Jésus-Christ qui courent sur l’eau avec 20 enjambées à la seconde, coatis, phasmes, papillons, dauphins, baleines à bosse…juste-là, devant nous, sur nos têtes, sous nos pieds.

Dans la région du volcan Arenal, nous avons rencontré Victor, un passionné des reptiles. A 7 ans il part faire la cueillette du café, avec son grand-père. Il repère une vipère à caféier dont il tombe amoureux. Il réussit à convaincre son grand-père de ne pas la tuer, mais plutôt de la ramener à la maison, comme « doudou » ! C’est le début d’un grand amour. Il devient avec les années un des grands spécialistes du pays réparateurs des serpents demi-morts. On l’appelle de partout pour dégager les habitations, les jardins, les lieux de tournage de films, les bâtiments publics des serpents. Il les bichonne et les relâche requinqués dans la nature. Une grande partie d’entre eux sont petits et très venimeux. Léo est fasciné, c’est le coup de cœur. Il choisit délicatement les bébés souris vivants qui seront sacrifiés. Victor les présente au bout d’une longue pince aux serpents. Une morsure violente, le souriceau gesticule pendant 2-5 minutes et s’endort. Puis le reptile commence à l’avaler mécaniquement à l’aide de deux crochets qui tirent la proie vers l’intérieur.

Mais la passion n’est pas sans danger. Dernièrement Victor à été mordu dans l’ongle de l’index car il s’apprêtait à photographier une bête qu’il venait de nourrir avec son nouvel appareil qu’il ne maîtrisait pas encore…A l’hôpital deux personnes doivent recevoir des doses de sérum suite à des morsures. Lui ; 15 doses, un autre patient 30 doses car il a traîné avant d’arriver et le venin agit déjà fortement. Seulement au changement de personnel médical on se trompe sur qui est qui…Victor reçoit 30 doses au lieu de 15, et l’autre homme l’inverse. Le sérum est tellement puissant qu’il tombe malade pendant des mois, vertiges, perte de sensations de différents membres, vomissements continus…mais petit à petit il s’en sort. L’autre patient 3-4 mois après son hospitalisation meurt des suites de la sous-dose reçue, car le venin a eu le temps de lui endommager des organes internes, dont il meurt plus tard. On ne plaisante pas avec ces bestioles, mais les garçons sont invités quand ils le veulent à passer plusieurs mois, comme assistant s’ils le désirent, en sa présence !

C) la religion surf :

Au Costa Rica les danseurs de l’écume, les vrais, se lèvent à l’aube. A 5h30 on farte sa planche, on s’enfile son « casado » : riz, flageolets, poulet et bananes plantains frites. Le muscle sec, corps élancé, bras pagayeur, mains en spatule, les cheveux forcément longs, et une barbe-ki-pik de 8 jours. La démarche est celle d’un ressort-giraffeux.

De 6h à 8h du matin deux heures de sport-nature intensif, seul avec les éléments et les premières meilleures vagues de la journée, puis on part travailler avec son horaire aménagé. Entre 16h et 18h, juste avant le coucher du soleil, on s’enfile le 2ème volet avec la marée haute. C’est la démonstration; les vagues sont trop proches et trop puissantes pour les débutants qui sont assis sur la plage …et étudient.

Les vrais surfeurs à 22h sont déjà couchés.

Le Surf avec un grand « S » n’est pas un tic, ni un style-genre mais une philosophie de vie nous dit Fernando chez qui nous logeons, et qui nous parle de sa passion. En fait le surfeur, totalement adapté et réactif aux pluies, aux vents, éclairs, orages, marées et courants, est une espèce animale en plus dans cette jungle. Il est efficace, libre, féru de glisse et de couleurs. Le surf est son art martial quotidien.

Après cela il y pour les fêtards l’autre monde surf, avec l’accent de los Estados Unidos, biceps en poire, revues papiers glacés, ½ Ray Ban, sable blanc, cocotiers, et tout le tra-la-la...

Les Petits riens :

- Papier de toilette : Comme étudiant j’ai travaillé pendant 10 ans avec les personnes âgées, en leur jouant un peu de Gershwin, du Debussy avant le coucher, et en leur essuyant les fesses pendant la journée. Je pensais avoir fait le tour de la question, mais l’Amérique du Sud a eu le privilège de m’avoir remis le nez dans le caca, le vrai. Ici on ne jette jamais son papier dans les toilettes, mais dans une corbeille, car la pression manque, pour l’évacuer. Félix et Léo se sont amusés régulièrement à l’oublier. Et quand ça déborde dans la loge 15 minutes avant de jouer, chez des inconnus qui nous hébergent, chez des amis, sous le lit, contre les portes, ou dans le couloir du sanatorium des nonnes, …on se rue à l’attaque, on plonge le plus profond, on gueule, on hurle, et on évacue comme on peut…en fait on en survit assez bien…au fond, pas si pire la merde. Nous venons d’arriver en Afrique du Sud, pour la première fois depuis 12 mois, grand luxe, il n’y a plus de corbeille à papier-crotte !

- Les tombes : Au Costa Rica les carreleurs sont les rois de la tombe. Les cimetières ont l’allure de grande salle de bains, avec des centaines de baignoires retournées, carrelées de haut en bas, de large en long, toutes les mêmes, toutes blanches, lisses et brillantes. Avec 7 mois par an de saison de pluie chaude, tout y pousse, la seule façon d’arrêter la jungle c’est le Maître Carreleur.

Ici on n’offre pas de fleurs aux morts, on leur offre des caresses de serpillière et d’eau de Javel.

- Les infirmières à glace : On dénomme souvent le Costa Rica comme « la Suisse » de l’Amérique du Sud. Pour sa taille similaire, son niveau de vie, ses montagnes ou un certain sens du « pico bello stricto » ?

Acheter une glace est comme aller à l’hôpital ; on entre dans une grande salle d’attente toute blanche, sol, murs, plafond, lampes, congélateurs, plaques en verre givrées blanches et trois hôtesses sur talons hauts, chapeau blanc, jupes d’opération blanches, seringues à crème fraîche blanche à la main vous reçoivent. Mêmes les couleurs des glaces sont recouvertes et cachées par des couvercles blancs. Hygiénisme oblige.., on a juste envie de foutre le camp.

- Tabac : Il est interdit de fumer, dehors, en plein air dans un parc public vide, mais on a le droit de fumer, dehors, en plein air dans un parc public vide en marchant. A quand les fumeurs de la place de Mai de San José ?

- Changement de continent : La ligne droite entre deux pays n’existe pas. Seul le vol mondialisé fait foi. Pour rejoindre Cape Town (en Afrique du Sud) depuis le Costa Rica, il faudrait partir tout droit sur la Colombie, traverser le Brésil, et enjamber quelques 4 milliers de km d’Atlantique. Seulement on fait exactement l’inverse, on remonte à contresens vers Mexico, on s’éloigne encore au Nord vers Houston au Texas, puis on part sur l’Europe pour Istanbul, (en survolant Bâle). On bifurque enfin vers le sud en survolant l’Egypte et tout le reste de l’Afrique. 3 jours dans les airs et le double de distance nécessaire.

Le monde des aéroports est l’antithèse du voyage, c’est le déplacement sous perf. Les sandwiches ont tous le même parfum anti-moisissure. Nos déplacements et gestes sont plastifiés et lyophilisés. Seul aux toilettes, on se sent encore vivre.

- Rencontres : Tant de personnes, tant de bouts de vie. Nous nous asseyons ce soir pour la première fois sur la côte du Cap en Afrique, le regard tourné vers l’Argentine. Une année d’Amérique latine et des centaines de visages, de villages et de fenêtres sur la mer. Lorsqu’on les ouvre et qu’on les superpose toutes à la fois…on reste sans voix.

La poésie est de faire se rencontrer ce qui ne peut pas se rencontrer, il n’est pas question de beauté, mais l’action même de cette impossible rencontre crée malgré elle de « l’improbable », et donc du beau. C’est cela même la brique de l’énergie, comme le Boson de Higgs est en science de la terre la brique de la matière. Bouffer du beau, c’est se donner de l’énergie, plus rien n’est impossible, peut-être du bonheur en plus ou en bonus.

Je crois que le « tombé en amour » ne sert chimiquement qu’à créer des alliances entre deux personnes, ce n’est qu’à partir de ces alliances que démarrent les vraies histoires d’amour, totalement en dehors du « tombé en amour ». Au cinéma on passe beaucoup de temps à suivre les élucubrations acadabrantes des « tombeurs en amour », mais quasiment jamais de ce qu’ils en font. Les histoires d’amour sont des projets. Ce sont ces projets qui me touchent, m’intriguent et me passionnent.

- L’argent n’est pas l’argent. L’argent n’est qu’un outil. Un outil pour rencontrer, dehors et dedans.

- Couleur de peau : En Amérique du sud, même si les choses changent, le pouvoir d’achat est inversement proportionnel à la concentration de mélanine chez les gens.

- Plumages : Voir s’envoler 3 perroquets Ara rouges d’un palmier sur la plage, c’est comme un gros grisbouilli, mais dès qu’ils planent ce sont trois Concordes sublimes et racés.

- Repères : Au Costa Rica on préfère ne pas nommer ni numéroter ses rues. Pour trouver la « Casa de Cultura popular » de San José où nous jouons (grosse pub parue dans le très sérieux journal « La Nacion ») ça donne ça : « Cie Andrayas » dans le quartier Escalante, proche de l’Eglise Santa-Teresa (sachant qu’il y a au moins 10 autres églises au même endroit), 300mètres au Nord, puis 300 mètres à l’est (…même au GPS on est bésef).

…ou par exemple pour trouver une chambre d’hôte : passez le village de Santa Rosa, puis continuez environ 25-35 minutes sur la piste, puis à un certain moment vous devriez voir sur la gauche au milieu des bananiers un gros palmier, tournez à gauche, plus loin vous verrez un portail vert, c’est là.

(C’est aussi clair et précis dans tout le pays…)

- Calle 13 : Quitter l’Amérique du Sud, avec un abrazo muy fuerte pour Carlos de Ciudad del Este du Paraguay. Lui qui m’a déchiffré mot à mot dans mon faible espagnol d’alors les paroles de « Lationoamerica » du groupe « Calle 13 ». Ces paroles qui m’accompagnent en boucle depuis des jours, avec un poids qui m’ébranle et mille images encore. Ce n’est pas une plaie qui se referme de quitter le continent, au contraire c’est un béant tsunami de nouvelles couleurs avec lesquelles la palette se complexifiera, avec lesquelles il faudra dorénavant composer.

- Choc : Le Bien-Public me paraît être la plus grande des pauvretés rencontrée en Amérique du Sud, ou plutôt son absence, ou sa faible présence. Partout la frénésie du privatif-avant-tout fait rage. L’éducation fonce vers le merchandising, et devient un produit, toujours plus privé et c’est une catastrophe. Elle crée l’inverse de son intention première, à savoir elle exclut de plus en plus sérieusement plutôt que d’inclure. C’est impressionnant de voir que la caricature n’est pas seulement le croquis d’un humoriste dans un journal, mais qu’il est possible d’y marcher, d’y respirer, d’être contraint de s’enduire de cette vase effrayante.

- Nature : La beauté gratuite des choses, de ce qu’on appelle souvent avec un petit dédain de citadin « la nature », n’est pas un autre endroit, un autre lieu. Le « plusieurs » se simplifie. C’est l’endroit du dégagement, là où nos bras se raccrochent au corps, les jambes se re-boulonnent. C’est là où l’on se dé-fragmentalise. C’est là où tout se ré-unifie.

- Voyager : On a dit qu’on ferait un jour, puis ça macère intensément, puis on dit qu’on fera, puis on fait, et bientôt on a fait ce qu’on a dit. Je me défie de poursuivre toujours cette joyeuse fugue « simple mais pas facile » comme nous disait toujours Marcel Marceau.

Je n’imaginais pas qu’enseigner à ses propres enfants pouvait aussi signifier supporter tant de kilomètres de geigneries, de torsades twistées sous la table, suivi de cambrures saccadées en jeté arrière sur le plancher, vocalises de beugle de la mue du pré-ado aux tics de sifflement en ritournelles continues, aux tapotis rythmiques incessants de chevilles sur les tibias, des claquements de porte de frigo, des fromages qui disparaissent, de l’allemand qui n’avance pas. Des mines qu’il faut tailler 20 fois avant que l’élan studieux surgisse…Bref, vivement dans 12 mois ! Ceci étant Félix et Léo semblent avoir largement acquis ce qui devait être officiellement AKI.

- Baleines : Nous assistons depuis 1 heure aux ébats de 3 mâles qui tentent de séduire une femelle baleine à bosse. Soudain les 3 mâles de 15 mètres plongent juste derrière notre petit bateau ; 3 X 40 tonnes (=120 tonnes de muscle et de graisse) qui réapparaissent à l’avant en frisant notre coque…

- Crocodiles : observez longuement la tête d’un crocodile du Costa Rica, avec ses crocs énormes qui dépassent lorsqu’il ferme sa gueule.

Après quoi, cherchez où pourrait se trouver son cerveau. L’exercice n’est pas simple…on dirait plutôt qu’un coup de machette l’a effacé.

Les diverses histoires sud-américaines de ces derniers siècles ont en commun un déferlement d’hommes-crocos venus surtout d’Europe, puis des States, se brutasser parmi. Les hommes-crocos mueront-ils ?

- Sécu : Le « sentiment d’insécurité » est une des grande signature de l’Amérique du sud. Mais l’insécurité proprement dite est-elle une réalité ou est-elle une insécurité marketing ? Dans le doute, sur plus de 10’000km les marchands d’enclos (qui lacèrent et qui électrocutent) ont du boulot.

- Ecran : A la Rioja en Argentine, à Churin au Pérou ou à San Isidro au Costa Rica il est difficile de différencier le corps plié d’un cultivateur, bêche à la main, du corps d’un facebooker, tête pliée dans le plasma. Pourtant plus d’une révolution industrielle les sépare.

- 12 mois depuis hier, 5 pays sur notre trajet ; l’Argentine, le Paraguay, le Pérou, la Colombie et le Costa Rica ; 85 spectacles présentés, 10'000 paires d’yeux, 35’000km parcourus, mais aucune usine de traitement des déchets, si, une ; au milieu du parc national de Tortuguero au Costa Rica.

Les trois tiers-temps du Costa Rica (juin-juillet 2013)