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Le Pérou et ses contrastes (fév-mai 2013)

Pour voir quelques photos (Nicola Cuti & Mamafele), cliquez sur les liens suivants :

- Lac Titicaca-Vallée des Incas: http://sdrv.ms/19zHEe6

- Lima et environs: http://sdrv.ms/17LdwgK

- La Sierra-Churin-Huascaran: http://sdrv.ms/11OS5sl

- La Selva-Iquitos: http://sdrv.ms/13eeUnE

- Le Café "Don Luca Santiago": http://sdrv.ms/17gPXfA

Elections au Paraguay (avril 2013)

Après le coup d’Etat du juin 2012, le Paraguay renoue avec un président « démocratiquement » élu ce mois d’avril dernier. Les élections ont porté au pouvoir Horacio Cartés, surnommé « le Berlusconi paraguayen ». L’opposition estime moins pire un tel candidat fortement soupçonné d’être impliqué dans les pires affaires du pays (contrebande, trafic de drogue et blanchiment d'argent), qu’un autre maître de la corruption plus sournois et plus secret.

Nous remercions infiniment nos amis Ruth Suica, Jean-Stephan Clerc, et leur fils Luca, de nous avoir si chaleureusement accueillis et requinqués à chaque retour ou escale dans Lima.

Tournées dans diverses provinces du Pérou (Février-Mai 2013)

Le Pérou se découpe en 3 zones très distinctes :

a) la côte désertique du Pacifique, environ 2500km de long, mais ou il vit la plus grande partie de la population (avec 9-11 millions à Lima), = 1/5 du pays

b) la Sierra = région des montagnes qui culminent entre 3000m et 6668m (=Huascaran), = 2/5 du pays

c) la Selva = grande plaine de forêt vierge et tropicale du bassin amazonien = 2/5 du pays

Lima – la fourmilière

Enorme virage à droite sur l’océan Pacifique, et l’on voit courir la ville côtière de Lima à perte de vue. Un plongeon dans la fourmilière, 9-10 millions d’habitants au milieu du désert. Plaquée sous la brume, la ville s’étend sur 80km de long et s’enfonce de 20-25km en direction des montagnes de la « Sierra ».

Tout se respire gris pastel. Le plafond de la ville est une énorme toile de diffuseur d’un studio photo, en plus terne, mais avec cette propriété de nous faire totalement perdre les proportions, les distances, de nous poser dans un espace suspendu. A 13h précise le voile se lève, le soleil est assez fort, la ouate s’évanouit, et le bleu s’impose. On découvre un tapis de ville vertigineux. Une multitude de collines en font partie, et sur toutes les pentes raides, des maisonnettes en carton s’agrippent jusqu’à leurs sommets. Ce sont les seules taches de couleurs vives de la ville ; des roses, des rouges, des bleus, jaunes, blancs, verts.

On nomme ces quartiers « les derniers arrivants », se sont souvent des « asentamientos » qui s’organisent (occupations de terre). Leurs habitants sont ceux que la ville repousse vers le haut. Très souvent l’électricité manque, et l’eau (acheminée en camion-citerne) se paie à prix d’or ; 20x plus chère que dans les quartiers officiels de la ville, raccordés sur le réseau.

Ces terres ne sont en fait que des rocailles, tout est brun, délavé, arrrrrride à mourir, gris de la poussière qui jamais n’est rincée, puisqu’il ne pleut jamais, jamais, jamais à Lima.

Pas d’arbres, 2-3 cactus. En dégringolant du regard ces collines, on rentre dans les premiers quartiers populaires, complètement ensablés, le ¾ des avenues sont des pistes, tout est en construction perpétuelle. Des tonnes de gravas gisent ci et là, les toits des maisons sont des bibliothèques à briques, avec des chevelures hirsutes en fer à béton. C’est le royaume du maçon, du bossu trapus et du vertèbre tassé.

On bétonne, on cimente, parfois on crépit, on ferraille…

On bétonne, on cimente, parfois on crépit, on ferraille, on meule…

On re-bétonne encore et toujours, on cimente, parfois on crépit, on ferraille…

…MAIS tout à la main, à la main, sans machine.

Le bruit est partout, les rues débordent de petites échoppes, toutes les camelotes mêlées à du high-tech d’ordinateur dernier cri mac superprodepro, les marchés aux fruits et légumes sont des merveilles de variétés, de couleurs, de formes et textures inimaginables : papaye, mangue, ananas, banane, pastèque, melon, fruit de la passion, lucuma, chirimolla, tuna, granadilla (= coup de coeur absolu !), anona, taperiba, aguaje, camu camu, cocona, chambira, humarí, caimito, plus de 600 espèces de fruits dont une centaine d’origine amazonienne.

Il y a des cuisines populaires à tous les coins de rue, même des restaurants à 1 place ; on s’assied presque sur les genoux de la cuisinière, qui tient son attirail compact-empilable entre les jambes. Elle vous sert une petite entrée d’œufs de caille, puis soulève son premier couvercle ; une soupe arrive, 2ème couvercle une boulette de riz dans une feuille de bananier, 3ème couvercle une brochette de quelque chose, 4ème couvercle c’est la bassine à vaisselle dans laquelle elle rince l’assiette et le verre du précédent client, y verse un jus de maracuja fraîchement pressé.. et vous le sert avec un grand sourire. Et lorsqu’on lève le nez on croise le regard scrutateur du prochain client pressé.

Les péruviens ne sont pas grands, ils aiment le riz, et nous le font savoir dans leurs fesses et leurs ventres potelés. Ils raffolent du poulet. Toute la côte désertique (1500km) qui relie Lima à la province d’Arequipa est colonisée par d’étranges villages, que l’on pourrait parfois confondre avec des tentes de bédouins aux tentures noires. Ce sont les batteries nationales du Pérou, avec des millions de tonnes de fientes journalières, des milliards d’œufs, et des billions d’émincés de volaille.

A Lima lorsqu’on se présente dans un supermarché à l’heure d’ouverture (8h30), on a droit à une haie d’honneur de tout le personnel qui applaudit l’entrée des premiers clients.

A l’époque du président Fujimori (purgeant actuellement une peine de prison de 25 ans, suite à des corruptions faramineuses, et vente d’arme en contrebande), celui-ci avait passé des accords avec son Japon natal pour importer tous les « combi » (petit bus Toyota) de 2ème et 3ème main. Ils constituent l’impressionnante armada des bus-sardine-en-boîte déglingués des transports communs-privés des grandes villes du pays.

Dans l’œil d’un européen le trafic de Lima est un chaos inintelligible, indéchiffrable, avec des bouffées de chaleur dans les tympans et le bas-ventre, et des tressaillements nerveux d’impuissance qui lui parcourent les mains. Il n’est pas rare d’entendre qu’un gringo fraîchement débarqué dans la ville se fasse une crise de nerfs en sortant d’un taxi. Nos réflexes sont pressurisés à l’extrême, et notre cerveau devance par mille accidents ce que notre œil lui renvoie.

Un triporteur avec 4 vaches dépecées sur le bac arrière slalome dans la cohue.

C’est la piste aux voitures tamponneuses, qui se frôlent, se dépassent, se faufilent dans tous les sens, aucun fair-play, tout en force à « moi-le-premier-qui-passe », mais étonnement les bouchons interminables restent fluides, les carrosseries ne se râpent jamais, les conducteurs extérieurement sauvages, agressifs et sans égard restent stoïques et sans rancune.

Le bus plante brusquement les freins car une autre camionnette décharge ses 8 demi-cochons. Au-dessus du boucher, le visage d’un foetus vante en 5m x 6m les échographies d’une clinique privée en 4D (3D + son). La Publicité est partout, et les corps dénudés et portraits de visages sont tous blancs, pas un seul visage créole, andin ou de la selva. Pas un seul visage péruvien.

Il faut facilement 2 heures le matin pour aller au travail et peut-être 3 pour rentrer chez soi ! Alors les bus sont devenus les caissons de décompression citadine, … et les passagers … dorment, dorment, dans toutes les positions, même debout comme des chevaux.

Il n’y a pas de piétons à Lima, seulement des « on-passe-après », « on-s’entasse-vite », « on-dégage-vite ».

Mais on peut prendre sa revanche sur les plages désertes de Chorillos, dans le cône sud de la ville. Les rouleaux des vagues sonnent comme un gong profond. Après tant de frénésie, ce diapason martial recale les carcasses. Les pélicans, dans un chorus parfait de quartet ou quintet, survolent en rase motte les flots, dans des battements d’ailes au grand ralenti. Derrière eux, à 20 mètres du bord de plage, 5 dauphins sillonnent les remous. Dans les airs se rassemblent des centaines de fous de Bassan, ils ont repéré un banc de poisson, et se lancent comme des missiles dans l’océan (certainement à plus de 100 km/h). Il semble que leur vitesse de pénétration dans l’eau crée une onde de choc qui assomme les poissons. Le fou n'a plus qu'à les avaler, avant même de regagner la surface.

Mais l’oiseau emblématique du Pérou reste le colibri. Il vole dans un silence hors son, comme les chauve-souris. Son élégance est redoutable, sa taille varie d’une à 2 grosses olives, il est archi-précis, fin, tellement beau dans ses couleurs, et vole en attitude, avec des accélérations exceptionnelles et des arrêts tellement “mime”. Il suffit d’un arbre en fleur, et son passage matinal vous contamine un grand sourire pour toute la journée.

Une des vertus de la culture péruvienne est l’Attente.

Les traumatismes engendrés par plus de 20 années de guerre civile dans les années 1980 à 2005, autour des confrontations entre le « sentier lumineux » et l’armée (plus de 70'000 victimes civiles, pour la plupart des paysans andins et une population qui a quasiment doublé pendant ces 2 dernières décennies dans la capitale, suite à l’exode rurale des zones en conflit), a profondément marqué certaines habitudes citadines du Liménien, qui frisent avec la paranoïa. On barriérise, on électrifie, on guetthoïse, on labyrinthise bon nombre de rues des quartiers résidentiels.

Le métier de vigile est certainement devenu le gagne-pain le plus répandu dans la ville ; ce sont les surveilleurs et protecteurs de tout. Le métier de regardeur (le watchiman) est également bien en vogue. Ce sont les gardiens des âmes qui dorment. Ils ouvrent et ferment les grilles et somnolent dans un cabanon d’un ½ mètre carré.

Sur les chaînes de télévision on aime bien ce qui se tranche, se coupe, se perce, se mitraille, se trucide et se suicide. En principe c’est toujours proposé en package avec des grosses miches moelleuses de présentatrices recousues. Comme en Argentine, la face B. du diptyque des faits d’hiver sur l’insécurité est la passion foot.

Lac Titikaka – Machupichu :

Le tourisme est certes une manière d’entrer dans un pays, une modeste possibilité de découvrir une région. Mais plus nous progressons dans le voyage, et plus ces moments particuliers, en dehors de nos collaborations entrent en contradiction avec la ligne de celui-ci. C’est un exercice mental de détachement que de pouvoir profiter des découvertes à leur juste valeur, au-delà du « merchandising » insupportable qui asphyxie certains sites dans la région de Cuzco (& Vallée des Incas) notamment. Après nos expériences humaines très fortes du Paraguay, basculer en une seconde dans le rôle d’une bonne grosse vache molle, que l’on trait 28 fois en 45 minutes, agace fortement.

Le site du « Machupichu » en est la caricature. L’enveloppe au fil des dernières années est devenue véritablement nauséabonde, mais le contenu reste extraordinaire et ébranle fortement. L’architecture des Incas sonne comme l'art de la démesure des pièces de pierres jointes, taillées avec une précision diabolique, polies à merveille. Leurs temples et lieux sacrés sont sublimes. C'est à la fois le gros de brut de brut à la "Obélix" qui se marie avec la plus grande des subtilité et finesse. C'est très très impressionnant !

Nous poursuivons notre circuit du sud-est du pays, avec la compagnie et visite d’Antonia et de Beny (grand-mère et grande tante de Félix et Léo). Les deux « sœurs-champagne », devenues les « pisco-sour-girls » pendant ces 15 jours. (Le Pisco-sour = cocktail glacé culte du Pérou ; = grappa péruvienne + limonade + blanc d’œuf, le tout passé au mixer).

Nous naviguons continuellement à 4000 mètres et plus, dans la continuité de l’Altiplano (qui démarre dans le Nord de l’Argentine, englobant une partie des terres chiliennes et boliviennes). Félix et Léo jouent au foot avec les enfants locaux comme s’ils étaient en bord de mer à Mar del Plata! Beny la marcheuse de Compostelle a pris 20 ans, elle est muette avec des yeux exorbités. Antonia est presque gênée de gambader fraîchement avec ses 64 ans passés.

Ici, les montagnes sont vertes jusqu’à leurs sommets. Le phénomène est accentué par les milliers de terrasses agricoles, qui transforment en hiéroglyphes le fond des vallons, et sculptent les flancs et les arêtes des montagnes. La base d’une ligne droite est l’escalier. Rizières, maïs, quinoa…papas (=pommes de terre; plus de 5000 espèces différentes dans le pays), tout y pousse. Les variations de teintes de chlorophylle sont sublimes.

Sans nous en rendre compte nous pénétrons dans le monde rural du Pérou. Un monde post-industriel, où tout est travaillé et produit à la main. Un monde où l’on vit plié en deux, on y laboure en famille à la bêche, à la pioche. Pas un tracteur, pas une herse, pas un levier mécanique. On fauche le maïs à la serpe, la canne à sucre à la machette. On transporte le foin à dos d’homme, parfois à dos d’âne. Les visages sont des banques solaires, un cuir cent fois tanné et retourné. C’est le Valais des Alpes suisses de 1800 à 1930, avec ses centaines de kilomètres de bisses, et ses terrasses agricoles, dont on en voit certains vestiges au-dessus d’Evolène.

Ce monde rural est d’un autre temps, mais c’est le temps du Pérou actuel, d’une lenteur à nos yeux millénaire, de la campagne où l’on survit, et pour certains où l’on commence à peine à vivre. Les sols sont riches et les gens sont pauvres. Dans ce monde rural si loin de toutes les préoccupations, dans ces régions littéralement abandonnées par l’Etat, on se retrouve soudainement pour quelques kilomètres sur une saignée du « Pérou qui monte », celui qui explose, celui qui propulse une petite partie de la population dans le 21ème siècle qui gagne : « le Pérou Caterpillar » ; celui qui construit les routes asphaltées, celui qui tient les fabriques de ciment, et surtout celui qui tient et exploite la mine. Or, argent, plomb, cuivre, zinc ; des convois interminables ferroviaires et routiers ruissellent nuit et jour vers Lima, chargés de ces gravas. Ils partent en bateau vers l’Europe, le Japon, la Chine et les Etats-Unis pour se faire purifier. Ce sont les devises principales du pays, le turbo multinational. Et 3 kilomètres plus bas, lorsque les projecteurs des miradors de chantier d’extraction sont cachés par la colline, on retrouve le Pérou d’encre noire, le Pérou de la voie lactée, le Pérou des 2 ampoules par village. On y travaille jusqu’au dernier jour de sa vie, et l’on y meurt pour le prix d’un médicament que l’on ne pourra jamais se payer.

Dans la vallée verdoyante de Colca, on domine soudain d’un mirador exceptionnel 4000 mètres francs de dénivelé. Tout au fond du canyon rugit la rivière du même nom. Au-dessus de nos têtes, les jeunes condors s’amusent dans les courants d’air ascendants.

Le lac Titikaka à 3800m est binational; bolivien et péruvien. Ses contours sont délimités par d’innombrables presqu’îles. En dehors de la grande ville lacustre de Puno, il y règne un calme divin.

Les Indiens Aymaras et Uros y font perdurer la tradition des îles flottantes. Leur mode de vie est la pêche lacustre, et le troc. Toute leur tradition est basée sur l’utilisation du « jonc magique » du Lac Titikaka, sous toutes ses formes.

On peut tout d’abord l’éplucher et le manger comme une sorte d’asperge douce, on le fait sécher pour construire ses bateaux de pêche, construire ses habitations (parois et toitures tressées) et surtout construire son territoire, ses terres ou plutôt ses îles. Pour cela, on découpe des multitudes de petits blocs de racines denses de ce jonc flottant, chacun d’un ½ mètre cube environ. Cela à l’aspect de blocs de tourbe. On y plante des petits pieux que l’on va relier avec des ficelles les uns aux autres. On crée ainsi un énorme tapis mouvant. Puis on y rajoute une couche de bottes de joncs croisés sur toute la superficie, environ 2 mètres d’épaisseur. L’île flottante se stabilise comme un iceberg, les 9/10 sont immergés, et 10-15 cm de paille flottent au soleil. Le hameau peut voir le jour. Actuellement certaines îles font plusieurs centaines de mètres de long, ayant leur propre école et église flottante. Mais lorsqu’un conflit générationnel éclate, et que l’on ne trouve aucune solution, on prend sa longue scie à tourbe, et l’on découpe l’île à la main dans le nombre de parts désirées. Chacun peut repartir au large de bon pied !

Au Lac Titikaka les vaches nagent à 4000m d’une île à l’autre, pour aller brouter l’herbe plus verte de l’île voisine.

Le Théâtre de l’extrême

Au Pérou, l’aventure théâtrale va dépasser toutes nos attentes. Malgré nous, s’engage la vitesse supérieure. Lors de nos 3 premières semaines liméniennes, nous rencontrons deux ONG et une association culturelle avec lesquelles nous allons intensément collaborer;

a) INFANT (association au service des enfants et adolescents travailleurs), qui est l’équivalent de Calle Escuela du Paraguay.

b) CEDRUM et SOLIDARIOS (soutenus par CARITAS-Genève), qui soutiennent des projets de développement durable dans le monde rural (agriculture, élevage, jardin potager, santé, éducation, droits civiques).

c) et le projet « Punto Cultural » de Chosica (50km à l’Est de Lima, dans la Sierra).

15 jours de course-contact à travers Lima ont suffi pour combler nos agendas de spectacles jusqu’à la fin mai. Par ailleurs, Félix et Léo font l’expérience de trois semaines d’accueil à la « Casa de Carton »; une école alternative de Lima, où nos amis Ruth et Jean-Steph y ont leur fils Luca. Plus aucun grognement au réveil, ils sont motivés comme des chefs. Font leurs devoirs en espagnol avec la plus grande fierté et empressement. J’adore les accompagner le matin au-delà du gros carrefour, où ils s’empressent de monter avec leur sacoche dans un moto-taxi triporteur, qui les emmène à plein gaz vers l’école, … et ces trois mioches qui hurlent d’excitation des âneries à tue-tête dans le vent.

Les dates d’avril sont exceptionnelles car la famille passe de quatre à huit. Le rêve impossible entre en action. Christian et Hugo, nos deux musiciens bassiste et guitariste compositeurs sont là, accompagnés de Nicola et de son appareil photo ainsi que de Maude. Miniaturiser deux spectacles pour le voyage, et y planquer nos deux musiciens live dans une caisse supplémentaire est réalisable !

Notre première date à huit avec INFANT démarre dans des éclats de rires nerveux, sur la plus haute colline de la ville de Lima (300-400m), dans un quartier hautement défavorisé ; la communauté de Villa Maria del Triunfo. Les rues qui mènent à la salle communale sont extrêmement raides, et les deux taxis peinent à ne pas s’ensabler. Les embrayages, les suspensions sont défoncées. C’est du rodéo total avec les moteurs qui hurlent en 1ère vitesse. Au sommet de la colline, il règne un micro-climat plus ensoleillé que dans le reste de la capitale, car les habitants se retrouvent au-dessus du smog quasiment toute l’année, maigre compensation, …sauf l’hiver péruvien (mai-juillet), où ils sont au contraire pris dans une bruine froide constante. Pour les enfants c’est le cauchemar des refroidissements qui se transforment régulièrement en pneumonie.

Passer du centre-ville de gratte-ciel en verre aseptisés et ressurgir comme une taupe hors de son terrier est impensable. C’est un choc. Les haut-parleurs de tout le quartier annoncent la représentation exceptionnelle de « L’homme qui plantait des Arbres »…ici, dans ce désert surpeuplé, au milieu d’un bidonville, en pénurie d’eau, sans un arbre… totalement surréaliste-surréaliste ! La 1ère a lieu dans une certaine fragilité, une stupeur pour nous tous de nous retrouver si loin de ce Genève si propre et si sûr. Dans cette petite coque de noix de spectacle qui a traversé cet énorme océan, et qui rencontre ici ses premiers applaudissements. La redescente de nuit sur la ville est incroyable. C’est un ciel étoilé renversé. Des rivières de lumière qui coulent vers la mer. Une émotion de stupéfaction, mêlée à la fatigue que nul n’oubliera.

Cette première semaine de capitale nous emmène dans diverses communautés ainsi qu’au théâtre « Arenas y Esteras », dans le quartier de Villa el Salvador (lieu important du théâtre alternatif de la ville), au festival de mime de Miraflores, et dans le bidonville de « Cantagallo », construit sur une montagne de déchets, à deux pas du palais présidentiel. Ce sont des familles d’indiens du peuple indigène Shipibo de la forêt amazonienne qui s’y sont installées depuis 15 ans. Ces maîtres peintres furent invités à l’époque, et cherchés personnellement en Amazonie par le président Toledo, pour participer régulièrement aux galas de VIP, afin d’y représenter la diversité et pluralité de la culture du pays. Mais les présidents ont changés plusieurs fois depuis, et les indiens Shipibo ont été abandonnés à leur triste réalité de cloaque.

CHURIN – avec l’ONG CEDRUM (& Caritas Genève)

Nous démarrons le 2ème volet d’avril, avec CEDRUM.

Trois heures pour quitter le capharnaüm de la ville et tomber enfin dans le désert. Nous poursuivons la Panaméricaine vers le Nord, en direction de Huacho. Le décor de dunes qui s’enchaînent les unes aux autres est grandiose. Après 4 semaines de capitale, le BLEU du ciel réapparaît enfin! A notre gauche l’océan pacifique est invisible, car planqué sous la banquise d’humidité. C’est le courant marin froid de Umbolt, qui descend toute la côte du Pérou, qui crée cette réaction de chape de brume en rentrant en conflit avec les masses d’air chaudes du désert.

Fini la rigolade. Nous bifurquons à droite pour 80km de pistes qui s’enfoncent dans les montagnes de la Sierra. Nous entrons dans ce Pérou « B », là ou l’Etat n’investit rien. Là où les routes et infrastructures publiques (sanitaires, santé, éducation, techniques) se construisent à coup de lance-pierre. Le royaume des promesses vides, actions toujours ponctuelles et populistes en fonction des élections. Encore trop souvent, les ardeurs de la population sont calmées, comme au Paraguay, avec les habitudes « du cadeau » ; sacs de riz et autres victuailles qui tuent dans l’œuf les protestations. Ce ¾ du territoire national vivant dans la parenthèse, rencontre du soutien à travers les diverses ONG péruviennes et internationales, ainsi que certaines œuvres de charité catholiques, mais surtout évangélique.

Le pays a été convulsionné par 25 années de terrorisme. De ramener, de recréer un mariage entre autorités non-corrompues et organisations civiques venant de la base populaire est le pari énorme, où l’engagement visionnaire de nombreux coopérants que nous croisons et avec qui nous collaborons. Vaincre la passiveté rurale, une certaine apathie, une éducation, une scolarité souvent trop sommaire, une santé accessible à une archi-minorité, très souvent régis sur une hiérarchie post-féodale, sont beaucoup d’obstacles à cette lente émancipation. La résilience cependant est possible, ce n’est pas une idée vaine ou un concept creux. C’est cela le merveilleux. C’est juste l’Homme et ses capacités à se régénérer, à réinventer incessamment. Il faut des moteurs, des cerveaux et des mains qui s’engagent, bref des impulses. CEDRUM et SOLIDARIOS sont ces coups de pouces au quotidien, au service de population rurales dans un besoin certain. (Mais les statistiques proliférées par des technocrates de l’ONU et d’autres organismes dont les sièges sont dans les centres de Genève, de Berlin et de New-York, décrètent d’une seconde à l’autre que ces ONG civiles travaillant dans ces provinces délibérément délaissées de l’Argentine et du Pérou, n’ont plus raison d’être soutenue par les fonds au développement. Car officiellement, et surtout en raison des flambées de certaines ventes de matières premières cotées en bourse (soja, viande, produits miniers), ces pays sont reconnus comme « émergents »). L’argent , dans certains domaines et provinces, commence à ruisseler, mais dans la majorité ça reste le désert.

Nous bouffons la poussière sur ces pistes folles, en demande urgente d’asphaltisation depuis 15 ans. Les flancs des montagnes se resserrent de plus en plus, et les sommets filent vers le haut à plus de 5000mètres. Nous arrivons à Churin (2200m), chef-lieu d’un district d’une dizaine de vallées, et même petite région touristique certains week-ends pour les multiples bains thermaux et sources d’eau chaudes qui s’y trouvent. Nous sommes d’ailleurs logés dans un vieil hôtel de thermes, qui peut-être a vécu ses heures de gloire dans le années 40-50. L’ambiance défraîchie est un peu celle de ces grands centres de vacances populaires de Croatie, au sortir de la guerre des Balkans (ex-Yougoslavie).

CEDRUM fonctionne sous forme de regroupement d’ingénieurs dans les domaines du génie civil, de la pisciculture (élevage de truites), d’arborisation fruitière, de denrées potagères, d’élevage ovin, bovin et de cochons d’Inde! Cet animal de compagnie européen est présenté ici comme un met raffiné. Il est servi écartelé et grillé comme une omelette pour les jours de fête. C’est un peu comme d’avoir un gros rat aplati dans l’assiette ; peu de chair et pas mal d’ossements. Et sur son petit crâne, à force d’avoir brouté des kilos d’herbe bio, ses deux joues sont tendres. Son goût est proche du lapin. Les péruviens se rient de nous lorsqu’ils voient nos mines légèrement déconcertées. Mais nous les faisons sursauter lorsqu’ils apprennent que nous mangeons leur voiture domestique: du CHEVAL.

En fonction des micro-climats, des altitudes des villages, des rivières ou pâturages disponibles, un plan minutieux de développement agricole durable est proposé par CEDRUM en collaboration avec les diverses populations villageoises. Ici, les projets sont passablement bien engagés et les résultats concrètement déjà bien visibles. Les kilomètres de négociations, d’apprentissages mutuels, de dépassements de susceptibilités ont pour la plupart déjà étés avalés.

L’équipe compte quatre gars, l’expérience bien trempée, de 40 à 65 ans, une femme au cerveau financier, et une stagiaire française de passage. L’ambiance assez « mec », nous a concocté une opération de folie du style « Afganistan-Dakar du Pérou » : 7 jours pour 7 représentations dans 7 villages différents, situés la plupart entre 2200m et 3700m : Churin, Yarucoya, Chiuchin, Huancahuasi, Andajes, Pachangara et Navan. Bref, une sorte de geste de tendresse à la péruvienne.

Tous les jours, après avoir dîné, nous chargeons nos guitares, amplis et 3-4 caisses de théâtre-miniature à l’arrière des deux véhicules 4x4, et nous embarquons pour deux à trois heures d’ascenseur « up », et rentrerons tard dans la soirée dans notre base de Churin, après s’être réavalé deux à trois heures d’ascenseur « down». La saison des pluies vient de se terminer, et les pistes d’accès aux villages sont totalement impraticables pour un européen, mais nous sommes au Pérou et ici rien n’est impossible! Il vaut mieux fermer les yeux, ou se dire qu’en fait, on a une vue imprenable sur ce dévers de 500m où l’on distingue une belle petite rivière dans le vallon, ou se laisser bercer dans ces ritournelles monotones et milles-fois répétitives de chants andins, ou simplement se chanter soi-même dans la tête une ronde d’Yves Montant ou d’Edith Piaf.

Ce sont certes des pilotes de 4x4 hors pair, mais fêlés quand même, l’ambiance « machine à laver » débute en fait comme un massage dorsal assez intéressant, mais très vite vous rend dingue, surtout après s’être bugné 4 fois de suite la tête au plafond. Christian a trouvé la parade. Avec ses 80 kilos de muscle de ceinture noire de karaté, il nous fait la technique du roseau japonais dormant, qui gicle dans tous les sens, de façon souple et décontract, mais revient chaque fois en place.

Les montagnes dans cette région, sont encore passablement arides. Sur la route qui nous mène à Navan, par exemple, la population a mis sur pied avec l’aide des ingénieurs, des grands systèmes de bisses qui lui permettent de produire des avocats, des pommes et des mangues sur un plateau à 2200 mètres, et surtout des pêches à 3200mètres ! C’est une énorme oasis dans la montagne. Les revenus assez importants de cette production communautaire de pêches ont réellement permis ces derniers temps aux habitants du village de sortir la tête de l’eau.

A Pachangara nous découvrons à plus de 3000m, la fabrique artisanale de « Manjar blanco » (dulce de leche péruvien). Des grandes cuves de cuivre, comme l’utilisent les fromagers en Gruyère, dans lesquelles mijotent des dizaines de litres de caramel. L’hygiène est un peu rupestre, mais présenté dans son petit pot de plastique, le produit est parfait.

Nous jouons dans des étables transformées en salle de classe et de conseil municipal, dans des dépôts de bois, des aulas de mairie, des salles de bal, une cure et une abbaye, servant d’internat religieux dans une vallée pour les enfants de villages trop lointains et sans école.

Ces spectacles sont des challenges physiques particuliers, la concentration sur la respiration est primordiale, à pareille altitude chaque accélération, chaque effort coûte son lot d’étourdissement. Ces soirées sont des rencontres, des intersections fortuites mais possibles quand même, entre deux météorites. Nous démarrons chaque fois avec 50-60 personnes, et quand la lumière se rallume c’est un village entier qui nous fait face. Nombreux sont ceux qui découvrent pour la 1ère fois de leur vie du théâtre. Ils rient aux éclats, et sont attentionnés à l’extrême. L’humour passe les frontières les plus incroyables, le drame aussi. Les visages sont estomaqués et radieux à la fois. Leurs vêtements de sortie sont magnifiques; jupes à trois couches aux couleurs vives, et châles de laine multicolores, autant chez les hommes que les femmes. Ce sont des peuples à chapeaux, plus la personne est petite et plus son haut de forme est long; une sorte de talon à aiguille-sur-tête.

Guitare et basse électrique d’un autre monde, venues se frotter le temps d’une soirée à l’univers des chants andins. Marie se fait embrasser de nombreuses fois par des petites vieilles, qui viennent lui confier quelques secrets avant de s’en aller. A Yarucaya, nous sommes remerciés avec cinq tommes de leur fromagerie coopérative. On nous invite d’emblée pour une raclette péruvienne: steaks de fromages frits à la poêle, avec du thé de maté de coca ! A Andajes nous jouons pour la fête de commémoration des six martyrs, assassinés par le « Sentier lumineux » en 1988. En sortant de scène, sur la « Plaza de Armas » nous attend la population avec quatre cuisinières autour d’énormes marmites. Sur le côté de la table, repose une grosse tête de vache, celle dont la viande a servi pour le ragoût, servi avec papas, camote (patates douces) et yuca. Nous redescendons, Félix, Léo, Christian et moi, emmitouflés sur le pont arrière du 4x4, avec un dernier bain d’étoiles lactées jusqu’à Churin.

Le déluge d’IQUITOS – avec l’ONG INFANT

…Retour sur Lima, le temps d’une douche et nous nous envolons pour Iquitos, dans la jungle amazonienne du Pérou. De la sécheresse au déluge. En pleine descente d’atterrissage, dans la nuit noire, nous traversons un gros orage. Les éclairs illuminent les méandres du fleuve Amazonie. Iquitos est sur la fin de la saison des pluies. Le fleuve Itaya, qui traverse le quartier de Belén où nous travaillons avec INFANT, déborde de quatre mètres. Huit mois par an, la région est totalement inondée sur des kilomètres à la ronde. Le quartier de Belén est transformé en ville lacustre, sur pilotis. Malheureusement, depuis trois-quatre ans, suite aux changements climatiques, le fleuve monte d’un mètre supplémentaire. Bon nombre de cahutes ont des pieux trop courts et les familles n’ont pas les moyens de les rehausser à la saison sèche. On condamne plutôt le rez inondé, et l’on se construit un ½ étage de fortune, juste sous le toit. Les poulaillers, niches pour chien, étables pour cochon sont flottantes, reliées par une corde à la maison. Toute la vie se transpose dans l’univers des pirogues motorisées.

Le second jour nous rencontrons toute l’équipe des éducateurs de « rue », ou plutôt de fleuve et partons en bateau visiter les divers lieux de représentations. La plupart des planchers des salles communales sont ajourés, il faudra se gaffer à ne perdre aucun câble, objets de spectacle dans les rainures, sinon le fleuve les emportera. Il n’y a pas de toilette dans ces bâtiments. L’eau du fleuve sert pour tout; se déplacer, commercer, se laver, faire la fête, cuisiner, faire sa lessive, boire et déféquer.

L’ambiance des spectacles est totalement fantaisiste, après les essais-son nous attendons notre public les pieds dans l’eau. Les bateaux-taxi accostent et nous ramènent petit à petit les membres des communautés. Mais il fait chaud et lourd à Iquitos, 35-38°C en moyenne en avril. Tous les enfants sont en slip, grimpent aux parois de l’école et plongent dans tous les sens dans ce cloaque. Félix et Léo les rejoignent immédiatement, et de jour en jour notre degré d’accoutumance face à l’hygiène se modifie. Le lendemain je craque et me jette avec Christian dans les joies de la baignade. Nous survivons, même si nous apprenons qu’un enfant est mort il y a quelques jours d’une septicémie, suite à une baignade avec une petite plaie, et personne dans son entourage n’a pu récolter à temps les CHF 50.- nécessaire à l’injection du médicament (!). A mes côtés je sens Maude (ancienne nageuse nationale de natation synchronisée, et très très à l’écoute de son corps) qui bataille très très fort dans sa tête. Puis soudain elle bazarde ses vêtements, monte sur la balustrade et se jette dans un hurlement de joie et de colère dans cette merde… ! C’est trop bon de voir les kilos de bonne éducation helvète voler en éclats, c’est du nectar.

Le fleuve d’Itaya est la poubelle d’Iquitos. Un très gros effort est fait auprès des populations d’enfants pour sensibiliser par ricochets les parents. La ville d’Iquitos est actuellement un énorme chantier, car pour la première fois de son histoire est créé un vrai système d’égouts, avec récupération des eaux sales. Les déchets devraient enfin d’ici peu ne plus être balancés dans l’Amazone.

Pour rentrer au port de Santa Rosa de Belén, nous traversons plusieurs marais avec des arbres chargés de fruits plantés au milieu de l’eau, sortant de nulle part. En fait nous naviguons sur l’énorme terrain de foot, et rejoignons les ruelles immergées que l’on reconnaît grâce aux dizaines de lampadaires électriques qui dépassent de quelques mètres le niveau du fleuve. L’ambiance lumineuse est magique, mais les coupures de courant sont fréquentes, ceci dû aux virages manqués de certaines barques avec toitures, qui arrachent au passage un câble ou deux.

La ville d’Iquitos est le pays du moto-taxi, il n’y a quasiment pas de voitures. Aucune route ne sort de la ville. La vitesse maximale autorisée est de 30km/h. Contrairement à Lima, le rythme est fluide et très relax. La ville est à quatre jours de bateau du dernier point carrossable du Pérou. Vue la chaleur, les bus n’ont ni de porte ni de fenêtres. Les motos-taxi non plus. Traverser la ville c’est prendre un ticket pour la danse des dos…leurs chevelures sont denses et noires, souvent tressées ; les dos des femmes sont tellement beaux.

Mais nous rentrons chez nos nonnes, là où nous dormons dans un centre de retraite. Et de l’abattoir qui nous fait face, nous entendons crier toute la nuit les cochons et les vaches que l’on égorge.

A Iquitos la population vit dans une certaine allégresse, une sorte de joie du moment, comme pour s’extirper du constat désolant du manque d’avenir. Plus que la Sierra, la Selva (plaine amazonienne) est totalement oubliée des autorités. Comme pour ne pas vouloir souffrir de ce manque de débouchés possible, les parents transmettent et contaminent aux enfants une sorte de sérum d’apathie. On se résigne.

L’ingéniosité naturelle de l’Homme est de s’adapter à tout mode de vie, dans le désert, dans les montagnes, sur l’eau, sous la pluie. Mais sa faiblesse semble aussi de s’habituer à tout : au confort comme à l’inconfort insoutenable, à la médiocrité comme à l’excellence. A Iquitos on croule sous l’eau douce, mais il est impossible d’avoir de l’eau potable. On devrait hurler mille fois dans le palais présidentiel à Lima, et peut-être se hurler mille fois sur soi qu’il n’est pas normal de vivre comme cela.

Les habitants sur l’eau ont des corps et des allures de guépards, les sédentaires de la ville plutôt de buddhas goguenards. Mais tous sont dans le « on fait aller ».

Nos collègues d’INFANT parlent de cette passiveté comme la caractéristique d’une génération perdue, sacrifiée. Seuls les plus jeunes vont pouvoir assimiler, par l’apprentissage de l’organisation, une nouvelle vision et objectivité par rapport à leurs droits, aux outils de communication et de collaboration qu’ils sont en train de se créer, pour investir ces vides juridiques et néants civiques de ce Pérou « B ».

Ceci dit, de façon moins visible, la passivité peut l’être tout autant en Suisse qu’à Iquitos. En Suisse elle se lira comme moins pathétique, car noyée, cachée par tout ce brassage de consumérisme, d’objets stylés qui stylent notre vie. On aura l’impression d’être soi-même une personne stylée, puisque habillée de style, marchant sur des trottoirs stylés, roulant sur des ronds-points totalement « designés », posant nos fesses dans des bus high-tech. Mais je suis persuadé, que le même homme extirpé de cette contrée et élevé à Iquitos, serait aussi apathique pour la grande majorité que l’homme de la rivière de Belén. Il y retrouverait par contre son sourire, son sens de l’humour, et lâcherait certainement son abonnement chez son psy. Mais intenterait-il sans faille une action pour du mieux ? Notre chance inimaginable en Suisse c’est d’avoir le droit et le pouvoir de s’instruire dans la quasi-gratuité, de déclencher les outils de la réflexion et de la pensée dans une invitation facilitée. Un des fer de lance d’INFANT à Iquitos, comme à Lima, comme leurs collègues du Paraguay, est de créer activement à bout portant cette opportunité pour un certain nombre de jeunes. A chacun de nos passages dans leurs quartiers, nous sommes émus Marie et moi, de voir avec quelle force cet outil libère (déjà chez les tous jeunes) et crée la soif d’apprendre, l’envie de collaborer, et de se visualiser avec les copains dans du mieux et non pas du plus.

La définition de l’apathie suisse serait le regard scrutateur vers l’extérieur sur le pallier de sa porte, le pied droit posé sur le seuil, le pied gauche légèrement en retrait. On a l’impression de voir et connaître le monde, les gens autour de soi, mais en fait le corps est toujours en retrait, jamais dans l’action véritable du flux et reflux de la vie, de l’expérience véritable sensible et charnelle.

Nos dernières images et participation avec nos musiciens live sur Iquitos furent le festival de l’Eau. Chaque année meurent des jeunes enfants noyés. L’idée du festival est venue du Brésil, pour créer une fête qui soit l’exorcisation des dangers de l’eau.

Toutes sortes de joutes aquatiques ont eu lieu, des courses de natation, de pirogue, des ballets aquatiques en bassine, des brigades de sauvetage d’enfants par d’autres enfants bon nageurs sont créées. Une signalisation de petits drapeaux de couleurs est pendue devant chaque maison ayant des enfants non-nageurs. Des gilets de sauvetage sont fabriqués par les enfants, et toutes les techniques de premier soin leur est enseignée. Les quatre communautés d’enfants de Belén ont préparé pendant des semaines la décoration d’une trentaine de pirogues. Nous avons participé également à certains de ces ateliers. Celles-ci remontent maintenant les 2km de fleuve, dans un ballet de vikings pacifiques et festifs, jusqu’à la grande barge du festival, amarrée en amont de la ville. Ces images avec danseurs et musiciens flottants, 200 enfants costumés et en délire, sont exceptionnelles. Belén quartier malfamé, stigmatisé pour sa tradition de délinquance, de prostitution, de traite sexuelle de mineurs, et Belén la tendre et la joyeuse. Adieu Iquitos, on a adoré.

P.S. Le Piranha et le Caïman grillés sont à ne manquer sous aucun prétexte.

CHOSICA - avec la Cie Tanit & Yves Lequay

Yves Lequay est un de ces hommes, comme nous en avons rencontré à plusieurs reprises dans notre voyage, qui dans un coup de folie ou de lucidité, font basculer leur vie à 180°. Formé au monde agro-alimentaire de l’entreprise française, il plaque cette vie pressurisée par la rentabilité, pour l’organisation et diffusion artistique au Pérou. Entre temps, se crée l’an passé au Pérou, le premier ministère de la culture. Une trentaine de « puntos de cultura » sont créés dans le pays par le ministère, dont l’idée est de favoriser et d’élargir le travail des compagnies existantes, tout en créant des réseaux dans les régions où elles se trouvent. L’idée semble assez banale vue de l’Europe, car là-bas tout a déjà été fait, créé, peut-être même inventé. Au Pérou par contre tout démarre, tout est neuf, voire incongru.

La Compagnie de marionnettes franco-péruviennes TANIT, ayant démarré aux côtés de Pierrot Bidon (Cirque Plume) dans les années 85, après avoir bourlingué des décennies en Europe et ailleurs, s’est installée à Tornameza (50km de Lima) en fondant un lieu de résidence, de stages, avec un petit théâtre de Verdure splendide. Ils font partie de ces points de culture récemment inaugurés. Yves et Léo (metteuse en scène de la Cie Tanit) travaillent corps et âme pour mettre en route un tel réseau sur les alentours de Chosica. Ils y ramènent, chose jamais vue, des artistes de Lima et du monde international, qui se produisent la plupart du temps uniquement aux centres culturels français, suisse et allemand.

Par ailleurs un éventail de cours, de stages de formation et d’ateliers expressif sont proposés à la population. Le chemin est tortueux car fortement innovateur pour la région et les soutiens démarrent timidement. Mais les choses existent déjà dans la miniature.

Nous avons collaboré une semaine entière dans leur réseau de salles de spectacles et d’école.

Félix et Léo ont été complètement fascinés par Serge (le sculpteur d’objets-musicien de Tanit), et se sont plongés avec lui dans de longues cessions journalières de basse et de percussion. Un pendule aux 120 têtes de marionnettes-à-doigts, aux 120 nez de calebasse difformes et spectaculaires surplombe la pièce dans un multi-regard fou aux 240 yeux !

CHACAS - avec l’ONG SOLIDARIOS (& CARITAS-Genève)

Nous repartons pour une semaine de surprise dans la région magnifique que l’on nomme ici «la Suisse péruvienne », au pied du plus haut sommet national -le Huascaran- qui culmine à 6667m. C’est la Cordillère blanche, constituée d’une dizaine de sommets de plus de 6000m. Depuis Huaraz nous nous faufilons entre les glaciers majestueux, gravissons un col à 5000m, pour redescendre dans la prochaine vallée, jusqu’au chef-lieu de Chacas (3200m).

Alicia, épaulée par quatre autres collègues, mène un projet pilote, dans 13 hameaux de la région, de développement durable. Création d’un petit réseau d’eau autonome dans le hameau, permettant de démarrer un élevage de moutons et de cochons d’Inde, géré par la communauté. A cela s’ajoute la création d’un potager communal, permettant au travers d’un programme de conseil nutritionnel d’alimenter de façon autonome la cuisine scolaire. L’exemple du potager stimule une production maraîchère collective qui va pouvoir elle, être vendue sur le marché.

Ceci permet enfin aux villageois, de commercialiser leurs produits afin de dépasser le seul mode d’auto-consommation.

Un volet de formation continue des professeurs d’école est également mis en route, pour élargir l’enseignement purement transmissif, et favoriser l’expérimentation chez l’élève afin d’entrer sur le lent chemin du développement de l’esprit critique.

En finalité, proposer là où l’Etat a totalement démissionné ; une éducation civique élargie, prise de connaissance de ses droits, devant favoriser l’émancipation citadine pour accélérer la prise décisions et de responsabilisation du hameau. En gros ne plus attendre des aides et des solutions par le haut, qui n’arriveraient de toute façon jamais dans ces coins ruraux.

A ce jour deux hameaux sont déjà équipés avec ces premières infrastructures de productions collectives. Pour le troisième, à Jambon, nous avons assisté à une assemblée générale concernant la création du futur réseau d’eau. Nous avons pu mesurer l’importance du rôle d’Alicia, la coordinatrice péruvienne sur le terrain. Ses compétences humaines, de rigueur comptable, et surtout de psychologie, qui sont essentielles entre les associés du hameau et le coopérant.

Une difficulté typique péruvienne est de ne pas « savoir » ou pouvoir dire NON. Et il faut beaucoup de tact à Alicia pour détecter ces poches à mécompréhension ou frustration possible, et les mettre à plat dans la discussion afin de permettre des vrais choix assumés des associés. Seule manière à ses yeux, pour que les villageois puissent s’approprier pleinement ce projet pilote et en faire le leur. Ce sont comme des réflexes profonds des rapports féodaux de soumission qui ont régi les comportements humains de ces ouvriers agricoles pendant des générations. Rompre ce cercle vicieux est essentiel nous dit-elle.

De même que de faire prendre conscience aux associés que l’argent du projet ne sort pas de son porte-monnaie, mais d’un fond de coopération qui a besoin de certaines justifications pour être validé. Les décisions affectives, pulsionnelles ou de chantage ne peuvent pas en être le moteur, ni d’un côté ni de l’autre. C’est également un apprentissage éthique et de rigueur incontournable qu’il est lent à mettre en place.

Ces prochains mois vont être mis en pratique dix autres lieux pilote. Le travail et l’engagement de SOLIDARIOS est énorme.

Le plus surprenant pour nous la famille de quatre est d’avoir découvert un monde que jamais nous ne pensions côtoyer de façon si directe dans ce voyage : l’Eglise et le parcours incroyable d’un père italien de 89 ans, El Padre Hugo et son œuvre démesurée «la Paroquia de Chacas» (Paroisse de Chacas).

Nous sommes hébergés et nourris dans cette communauté durant tous notre séjour.

Homme de foi et certainement grand visionnaire, il débute il y a 40 ans des recherches de fonds dans les domaines d’association de volontariat catholiques en Italie et de cabane de montagne. Il part dans le but de restaurer la grande église du village de Chacas. Pour cela il fait ramener des artisans ébénistes, peintres, charpentiers, créateurs de verre, de vitraux, sculpteurs et autres. L’église est retapée mais l’idée s’élargit et se développe par la création d’une trentaine d’ateliers d’artisans de haut vol dans la région. Le projet poursuit son développement et draine d’Italie et d’ailleurs des grands maîtres dans tous les domaines de l’art religieux, passant former ces futurs artisans péruviens. Les commandes de l’étranger arrivent régulièrement et permettent aux ateliers certaines rentrées pécuniaires pour soutenir ce projet. Petit à petit une communauté d’italiens vient s’établir dans le village et environs, transformant le « canton » en région binationale. Il y a même un consulat italien qui a été spécialement créé pour cette situation.

Les ateliers restaurent quasiment tous les bâtiments anciens du village, des balcons en bois, des toitures, des façades. Le cachet est certain.

Par la suite des écoles publiques sont créées, et même un hôpital ultra-moderne, dit au service des pauvres. Médecins, infirmiers, chirurgiens, pédiatres, gynécologues volontaires sont pour la plupart italiens. La consultation quelle qu’elle soit est au prix de CHF 0,80.-. Le patient peut également payer en espèces; œufs, viande, ou maïs s’il n’a pas d’argent. Si complication il y a, le traitement est entièrement pris en charge. Une charte dite d’ouverture est appliquée, donnant droit à n’importe qui de n’importe quelle confession, ou agnostique, de pouvoir être accueilli et hébergé dans les lieux.

Mais le Père Hugo est vieux, et s’est retiré à la suite d’une pneumonie à Lima. Le Père Luca, à peine arrivé, prend actuellement le relais. De l’intérieur nous découvrons des gens qui n’arrêtent pas de se signer, de répéter 6-7 fois par jour leurs longues prières, qui passent un temps démesuré dans l’église, qui s’étonnent de savoir que l’on puisse vivre sans être croyant, qu’il ne faille pas courir, pas faire de bruit, de remercier 15 fois des repas qu’ils ne « méritent » pas. De ne pas faire ceci, de ne pas faire cela. Et pourtant, en dehors des spectacles joués pour des écoles reculées, nous sommes invités à donner une représentation de « l’Homme qui plantait des Arbres » pour la soirée du vendredi dans l’église. Mon entrée sur scène se fait à travers le public par l’arrière, en marchant sur tous les bancs pour rejoindre le plateau. Le curé est mûr, « ça ne se fait pas… ».

Comme d’ailleurs ça ne se fait pas pour Marie la grande chercheuse scientifique, ayant publié de très sérieux articles dans « Nature » et « Cell », de faire le cri de la poule, de la vache et du mouton, au micro dans cette énorme basilique, devant 300 fidèles !

Avant de prendre congé du lieu je passe une dernière fois par le balcon. La dernière image symbolique qui me frappe sont ces sculptures au-dessus de l’orgue, d’êtres humains courbés en avant, supportant le poids des anges sur leurs épaules. Je pense instantanément à Chagall, pour qui l’Homme était lui-même une sorte d’ange non-courbé, qui volait, et amoureusement rayonnait.

Le café « Don Luca Santiago »

Le Pérou produit d’extraordinaires cafés, mais tous exportés aux Etats-Unis, Europe, Japon ou Nouvelle-Zélande. Dans le pays, il est impossible de trouver autre chose que du Nescafé, ou du « café-goutte ». Commandez un café au café et vous verrez : on vous sert une très grande tasse d’eau chaude remplie à raz bord, puis sur une sous coupe en porcelaine une mini-cruche (style objet de dînette pour fillette) dans laquelle se trouve un concentré de café archi-dense. Le péruvien a pour coutume d’aromatiser de quelques gouttelettes noires son eau chaude et d’y rajouter une tonne de sucre. L’eau chaude noire déborde, et pour un Suisse c’est très compliqué, car il n’a jamais la place d’y rajouter son lait .

Mais il y a café et café. Pour s’en rendre compte il faut aller à sa rencontre, dans la Selva de la Haute-Amazonie, entre 1200m et 1800m d’altitude, c’est là qu’il pousse « aisément ».

Pour cela c’est très simple ; on saute dans un bus de Lima en direction de Chosica. Après 2-3 heures d’embouteillages on quitte la ville, on perce la brume et on monte à la verticale pour se retrouver quasi-instantanément au col du « Ticlio », à presque 5000mètres ! En dégringolant dans l’autre sens , on passe la ville lunaire de la Oroya, ville minière à 4000m environ, puis à 3100 mètres on croise la très charmante Tarma. Les herbes des sommets, brusquement métamorphosées en gerbes foisonnantes de cactus, se sont déjà transformées en longilignes eucalyptus. La route poursuit son avalanche dans un canyon dont les parois se referment sur nous comme dans un étau. Les lits des rivières s’élargissent à vitesse exponentielle. Des Pins surgissent rapidement, déjà avalés par les feuillus, les troncs s’allongent, s’allongent, les feuilles sont repoussées sur le haut des arbres, dans leur « patte-d’ours », le seul endroit où elles puissent encore trouver de la lumière. Certainement 20 ou 30 arbres au mètre carré ! Les visages dégoulinent, il fait lourd et moite. Trois heures après les neiges du col nous sommes dans la jungle de la Merced : capitale d’exportation internationale du café péruvien, à 600 mètres d’altitude, au bord d’un affluent de l’Amazone ; le « Chanchamayo».

Nous changeons rapidement de bus et de voiture pour remonter sur les hauteurs de Villarica et nous enfoncer sur une piste boueuse dans ces forêts denses : …enfin le hameau du Palomar. Deux coopératives de café traitent ici puis revendent à l’international les arrivages de café des dizaines de petits producteurs sociétaires familiaux, éparpillés sur ces flancs de collines.

Jean-Steph nous y attend avec ses grandes bottes. Sur ces conseils nous gavons Félix et Léo de chips et barres chocolatées pour étouffer leurs geigneries, car il nous faut encore une bonne heure de marche à travers les collines et plantations, pour arriver au domaine « Don Luca Santiago » à 1750 mètres . Enfin là, et vraiment cuits ; … entre 10h et 15h de yoyo, selon les vicissitudes des travaux routiers, et des humeurs sportives des multiples chauffeurs.

S’engager dans l’exploitation d’une « Chacra » (petit domaine agricole) dans cette région tient de l’exploit. Jean-Steph et Ruth ont aquis il y a 4 ans quelques hectares de forêt tropicale, dont 2 seulement produisent actuellement du café, le reste est à défricher à la machette et à la serpette motorisée pour le rendre productible. Et sans un suivi très régulier, les plants se noient très vite dans la verdure de la jungle qui inonde tout. Il faut contrôler sans cesse les débordements de la forêt.

Si l’on désire l’électricité sur ces hauteurs, il faut s’organiser entre voisins pour créer et planter soi-même des piliers électriques d’une dizaine de mètres de hauteur chacun (et pesant chacun plusieurs centaines de kilos) en haut des diverses collines de cette forêt impénétrable. Alors seulement les services industriels locaux daigneront se déplacer pour venir câbler les poteaux à un transformateur.

Le remède c’est l’endurance, un gros grain de folie et des repas de bûcherons : 3 féculents dans la même potée : du riz, du yuca (manioc) et des patates. Parfois on y rajoute encore des flageolets.

5000 jeunes plants de café viennent à peine d’être plantés sur un nouvel hectare qui donnera ces premières cerises (=fruit du café lorsque les baies sont mûres) dans 3 ans. Le rêve est d’arriver d’ici quelques années à pouvoir produire sur 5-6 hectares, de s’autonomiser en nourriture par un grand potager, produire son miel, sa viande et volaille (cochon et poules). Que la production, de label « eco » permette d’y faire vivre à l’année un ouvrier agricole et sa famille, et qu’une centaine de bonnes bouteilles de liqueur de café puissent venir couronner l’étiquette du domaine.

Entre temps le charpentier terminera de construire, toujours sans électricité, la surprenante et magnifique cabane à 8 pièces (dessinée par Ruth) … au marteau, à la scie et à la tronçonneuse !

Toute la vallée des producteurs s’organise pour le moment clé de la saison ; la cueillette de juin. On fait alors venir sur 3 à 6 jours entre 10 et 20 cueilleurs expérimentés sur son domaine. Ceux-ci raflent chacun entre 80kg et 100kg de « café-cerise » par jour. Et lorsque les arbres sont plumés, le producteur a 24 heures pour descendre des recoins les plus rocambolesques de la région son café à la coopérative, avant que celui-ci ne fermente.

Le café est ensuite dépulpé ; des machines lui arrachent sa chair de fruit sucré. Puis le grain est séché, étalé sur de très grandes bâches au soleil avec de grands râteaux aux dents larges et espacées. On lui enlève une seconde peau, et ce grain-là est vert. C’est cette matière première qui partira pour le grand port de Lima. La Coopérative du Palomar de Jean-Steph est actuellement très bien cotée par les experts internationaux, et la production filera une nouvelle fois en direction de la Nouvelle-Zélande, qui paie bien. Chaque pays avec ses différences culturelles torréfie de façon différente les grains, ce qui fait qu’un même café n’aura jamais la même « tasse » (= le même goût) au Japon, en France ou en Australie.

Mais le prix du café en bourse est extrêmement fluctuant. C’est un cauchemar pour tous. De façon irrationnelle, les prix montent et descendent d’une année à l’autre. C’est une fois de plus le grand écart pour tous ces petits producteurs.

Nous quittons la province de Chanchamayo bien surpris. Impressionnés d’avoir pris conscience que la production du café est (quasiment partout sur la planète) un véritable parcours du combattant. Un défi constant d’artisans cascadeurs des forêts denses et tropicales, sur des pentes escarpées, glissantes et boueuses.

« Un simple café » pour sûr, n’aura pour nous plus jamais le même goût. Le soin et l’élégance de ce monde, l’opiniâtreté dans sa quête de qualité, chasseront pour longtemps je l’espère, la banalité de ces 3 gorgées trop vite consommées.

Un bon café sera dorénavant une nouvelle petite fenêtre sur ce prisme infini de richesse qu’est le Pérou.

Le Pérou et ses contrastes (fév-mai 2013)