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Impressions du Cargo août-sept 2012 : Le Havre (France) - Dakar (Sénégal) - Vittoria, Rio de Janeiro, Santos, Paranagua (Brésil)

Pour voir quelques photos (Joerg Ahlrep & Mamafele), cliquez sur le lien suivant:

http://sdrv.ms/YXd5Id

Le Havre (F)-Dakar (Sénégal) / (Août 12)

Au Havre le parking à containers est énorme. Ils sont empilés par blocs de 200 environ, sur deux étages. Autour de chaque bloc il y a des allées, et autour d’une allée de 6-7 blocs il y a des avenues, très larges, balisées, peintes au sol.

Des chariots « porte-container » mastodontes foncent à toute allure du bateau à l’allée, de l’allée au bateau, avec en abdomen de guêpe, le container.

Devant le cargo, de gigantesques grues se pressent au ralenti, en agrippant, dégrippant ces caisses sur le haut, en bas, de côté. Ça grouille dans un bruit sourd et continu, rythmé toutes les minutes par 3-4 klaxons d’une machine qui recule.

On ne voit presque personne au sol. Les dockers sont tous perchés dans les airs sur leurs grues, où sur les plus hautes piles déjà chargées sur l’avant du cargo. Ils gesticulent de temps à autre pour débuter une nouvelle rangée de blocs, là, plutôt qu’ici.

Les moteurs du cargo turbinent depuis le début, nuit et jour.

Quelques hommes passent au sol, ils sont écrasés de 30 mètres. Par cette vue du pont en surplomb, dans leurs costumes amples, on dirait des nains obèses. Casques, gants, pompes, machines, signalisations, taxi qu’il nous faut prendre pour traverser les avenues avec nos bagages ; tout est archi codé et précis. Rien pour du petit. Et des centaines de voitures et camions défoncées attendent encore. Il y a tout d’un coup 2 camions-citernes militaires neufs et un tank pour la Croix-Rouge, neuf aussi.

A Dakar le terrain du déchargement est beaucoup plus petit, alors on empile plus haut et beaucoup plus serré. Les allées sont des ruelles avec une multitude de personnes qui aident, ou non, assises aux pieds des rangées de blocs, des instruments de musique à la main, des cartons comme couverture, des popotes sur le feu. Il y a beaucoup de « on est là ». 15-20 personnes pour 2 qui brassent. Il y a deux chariots « Manitou » qui slaloment partout ; girophares et klaxons en continu. Personne ne s’affole avec ces tonnes de ferrailles qui leur passe à quelques centimètres !

L’équipage du « Grande Francia » est tendu, les opérations se prolongent d’une bonne dizaine d’heures. Les accès au bateau sont sévèrement surveillés. Toutes les portes sont cadenassées et 4 philippins et 2 italiens sont au pont-levis, devant s’assurer qu’aucun passager clandestin ne puisse se cacher dans un recoin.

Le capitaine nous explique le durcissement des lois européennes à ce sujet. Et donc les procédures sont draconiennes. Il nous explique également le pourquoi du drapeau jaune sur le pont = acceptation du prélèvement de la dîme !

Les douaniers sénégalais montent alors à bord, pour le « contrôle sanitaire », mais ne repartent que si le nombre de bouteilles et de paquets de cigarette et ++ autre…, a bien été « transféré ». Alors le pilote en charge du port de Dakar monte à bord, et mène dans un slalom délicat le cargo à sa berge de déchargement.

C’est une procédure avec laquelle on ne rigole pas. Un bateau européen qui refusait de se soumettre à la dîme s’est pris dernièrement une « sur-taxe » de 150'000.- Euros, d’ajustement pour normes sanitaires…

Le capitaine nous explique la folie de ce marché des vielles carcasses. C’est une mine d’or pour un secteur de la récup, ou plutôt du « tranfert de poubelles ». Des cargos plus grands que le notre ; 400 mètres de long et 80 mètres de large, 12 étages de hangar à ordures en tout genres, qui déchargent à Dakar, Freetown et ailleurs. Ce buisness rapporte tellement que ça sur-couvre très très largement les frais de ces bateaux qui reviennent souvent vides en Europe. Parfois, en retour, quelques containers sont remplis d’arachides et de cacao. Un de ces cargos peut charger jusqu’à 15'000 containers ! 1 container = 1 camion semi-remorque que l’on croise sur l’autoroute.

Le butin européen à poubelle est à perte de vue, énorme.

A 7h du matin je fais un tour sur le pont et je vois un officier de la sécu du port de Dakar endormi derrière quelques containers sur 3 planches en guise de lit. Ses collègues travaillent sur les dernières marchandises qui montent encore à bord, un niveau plus bas, mais ne le voient pas .

Un petit tour en ville ; nous avons quelques heures possibles pour faire un tour au marché ; un samedi calme nous dise les gens. Beaucoup de couleurs, d’infirmes, de mendiants, d’enfants qui sillonnent avec leurs bassines en plastique pour récolter à manger, des boulangeries françaises, des vendeurs de Nescafé soluble ambulants, des rues et des trottoirs lunaires, des mobylettes éclatées, taxi cabossés ; mais tout roule. Une ambiance assez décontractée.

Il n’y a pas de publicité dans les rues, juste pour Samsung, Orange et Tigo (=le Swisscom du Sénégal), et pour quelques jus de fruits locaux.

On a vu avec Félix et Léo des gros bateaux, des gros camions chargés de riz et d’oignons, un gros palais présidentiel, des grosses chenilles de tracs Caterpillar en vrac.

Il n’y a pas de gens petits. Les gens sont grands avec beaucoup d’élégance dans les tissus. Ils sont grands et minces. Grands et très très minces.

J’ai vu à Dakar sur le chantier d’un immeuble de 12 étages, un échafaudage courbe. Au sommet un ouvrier-acrobate free-jazz, sans casque ni harnais, s’agripper à 80 mètres du sol au caisson de béton frais (pendu sous la grue) pour passer rapidement d’un côté à l’autre du chantier !

Au sortir du port nous repassons devant la magnifique petite île de Goré. A l’époque c’était l’île de rassemblement des négriers, ces bateaux qui remontaient vers l’Europe et l’Amérique chargés d’esclaves. Il y a un monument énorme en pointe blanche qui surplombe l’île.

Et notre cargo file à nouveau tout droit vers Vittoria , notre premier port brésilien, à 5000km de là.

Félix et Léo peuvent maintenant jouer au basket avec les marins dans un des étages, vidé de ses camions.

Notre pied-à-terre d’Afrique, brutal et rapide, est aspiré je ne sais où, dans les moteurs sourds. Il pleut et ça fait du bien, beaucoup de vent à babord et dans la tête, et tout à l’heure certainement des dauphins.

Timing d’une Journée de cargo / (Août 12)

-6h ; Mk se lève et va bouquiner jusqu’au petit déj, servi dès 7h30

- vers 7h Félix se lève et va faire sa muscule à la salle de sport (…le fou…), et des fois, incroyablement, Léo en fait de même à 7h, mais c’est rare, lui, préfère dormir le plus loin possible. Félix débarque donc vers 7h45 au p’tit déj ; en principe c’est une boule de Berlin fraîche-tiède du matin. Il les fait trop bien le cuistot italien Pascual !

- vers 7h45-8h Marie arrive après une p’tite douche, pour son kawa

- vers 8h30 il faut tirer Léo du lit, le porter sur son dos, lui pousser dans la bouche sa tartine au beurre + verre de lait. A 8h48, il y a la première petite geignerie du matin pour le brossage des dents, et let’s go…

- à 9h pile l’ECOLE démarre au salon des passagers. Ça dure 2 heures avec une petite pose de 20 minutes. Un jour sur deux c’est que math, un jour sur deux c’est que français. Le premier gros trimestre jusqu’à mi-janvier Félix a les math avec Marie et le français avec Mk. Léo c’est l’inverse. Mais chaque jours Léo et Félix ont 20 minutes d’allemand, soit en début ou en fin de cours. Marie poursuit la leçon de celui qui n’a pas l’allemand, claro ?

- l’autre jour 2 minutes avant de commencer il y a eu alerte générale aux dauphins ; on a tous hurlé et couru sur le pont ; des centaines…plus tard des dizaines de baleines courtes ; baleines pilotes, des milliers de poissons-volants, une tortue de mer, une méduse…trop bien l’école, après c’est nul il faut quand même y aller.

- donc à 11h, selon la faune, c’est fini.

- Félix et Léo partent souvent s’enfiler dans les chambres de certains marins philippins, ou partir travailler en cuisine avec Pascual, ou re-muscule, ou ping-pong, toute l’après-midi sur un rythme du genre, parfois un film.

- à 12h ; repas

- à 20h repas du soir

- coucher entre 20h et 24h… !

Il y a encore les joggings sur le pont quand il est sec (seulement 100 mètres de long accessibles sur les 215 mètres du bateau, et 40m de large).

Il y a aussi les très longues et régulières séances de promenades, jumelles ; à l’affût de tout ce qui pourrait sortir de l’eau. Le temps nous file entre les doigts , dans un rythme si distendu de lenteurs. Les répétitions des journées sont effectives sur le papier, mais incroyablement diverses par les éléments. On est tous d’accord sur ce point , Félix et Léo en tête ; l’ennui est impossible.

Le portable / (Août 12)

Soudain on voit tous les marins philippins, italiens et roumains parqués à babord et qui parlent à leur familles de Manille, Naples et Tulcea. Ça dure quelques heures au large de la Bretagne, et puis …plok, nous sommes trop loin, plus de réseau jusqu’à la prochaine zone côtière.

Plik ! ... tout le monde cette fois à tribord, … ça ne dure que 20 minutes, car nous passons Fuertaventura aux Canaries, et l’île n’est pas très grande, …plus de réseau jusqu’à Dakar du Sénégal !

le Cielmer / (Sept. 12)

Il ne pleut pas en mer, il champignonne des rideaux. La pluie c’est l’idée d’un ciel un peu bleu, puis soudain quelque chose dérange cela. L’intrus est gris et fait des traits depuis le plafond jusqu’au sol et puis disparaît dans la terre. Après c’est fini, c’est de nouveau bleu en haut et vert (ou autre chose) en bas, et puis plus rien au milieu qui ne cache ce haut et ce bas.

Mais en mer il n’y a pas de traits, à peine des gouttes, il y surtout des vents qui mouillent beaucoup, complètement, peu ou pas du tout. Ça dépend si les nuages descendent jusqu’à l’eau et la touche vraiment. Les nuages sont toujours-là mais parfois inexistants, minuscules et se gonflent soudain en un temps record, comme les champignons.

Le jeux des rideaux commence ; un s’avance ici, puis recule sur le côté, trois autres se bousculent devant la proue du cargo, deux repartent…

On ne sait plus si l’eau monte au plafond du ciel ou si c’est l’inverse. Il y a même des jours tellement humides ou le couteau de l’horizon est une couenne de lard ; on est dans le siphon d’un sablier, les éclaboussures de sel sont partout. Le Cielmer est laiteux et poisseux.

Vent et Eau / (Sept. 12)

- Rien.

La ligne qui monnnnnnnnnnnnnte…

La ligne qui descennnnnnnnnnnnd…

Bis à l’infini

- Vent et Eau + rien (Si ! Des fois la Grande Ourse en plus )

La Terre / (Sept. 12)

Depuis 10 jours c’est la mer ; devant, derrière, partout et rien d’autre. Deux exceptions : 1 heure de silhouette de l’île de Fuertaventura (Iles Canaries) et 24 Heures de déchargement à Dakar. Pour le reste nous sommes hors-monde, dans un pays « rien ». On dit « zones internationales ». Quelque chose à personne.

Quand on survole en avion ces zones-là, soit on distingue un pays de loin, soit on ne voit rien et c’est très abstrait. C’est d’ailleurs souvent le cas. Parfois brusquement apparaît un autre avion beaucoup plus bas, poursuivant à fond les manettes une autre direction.

En océan c’est par contre toujours très concret. C’est un endroit très vrai avec des sons, des couleurs fortes, des odeurs, parfois beaucoup de dauphins, baleines et poissons volants, du krill phosphorescent, du chaud lourd, du frais. Et nous avons déjà fait 6000km dans ce « rien », et 7000km restent à faire avant Rio.

Allez voir faire 6000 et encore 7000km quelque part dans une suite de pays sans avoir aucune embrouille de visa, de monnaie, de vaccin.

En faisant 1/3 du tour de la Planète, dans cette étrange facilité, on est frappé par la ligne-avant qui se courbe derrière le rebord de l’assiette.

La sensation qui grandit, de la boule, la Terre, avant tout autre «terre».

5 x 25 heures / (Sept. 12)

Depuis 15 jours nous vivons notre 5ème journée à 25 heures. En début de soirée nous avons droit à une petite trompette assez rock , qui nous annonce que nous devrons retarder une fois de plus nos horloges. Donc c’est parfait pour l’école qui commence toujours plus tard tout en commençant à la même heure !

C’est 11h30 à l’instant, aux larges des côtes brésiliennes de Vittoria, où nous accosterons demain,… mais déjà 16h30 aux Serves.

Festival de Baleines à Bosses / (Sept. 12)

Nous sommes au large des côtes brésiliennes. Toute l’après-midi les baleines de 8 à 10 mètres nous entourent. Elle se déplacent par groupes de 2 ou 3. Certainement une 50’taine ont croisé notre route. Certaines font des sauts répétés avec torsades latérales. Des fouettés violents de leur nageoires latérales sur l’eau.

Scotchés, même les marins qui s’arrêtent dans leur peinture et cherchent leurs appareils photo.

Dakar (Sénégal)/ Vittoria(Brésil) / (Sept. 12)

A Dakar le cargo a déchargé des centaines de crottes françaises.

A Vittoria il n’a déchargé que du neuf : 200 Land Rover 4 x4, une centaine de Porsches, un nombre invraisemblable de Audi, 20-25 camions grues Liebherr (avec grue télescopique de 70m), une dizaine de ratrac & camions Caterpillar avec des roues de 2,50m de diamètre. Il y avait un bac à pelleteuse, seul sur un plateau, qui mesurait 3m de hauteur pour 6m de largeur.

Les Pâtes de Léo / (Sept. 12)

Cuisine italienne oblige, nous avons à tous les repas du midi et soir une entrée de pâtes ou de risottos. Pour les pâtes les variantes sont incroyables ; pâtes au thon, pâtes à l’ail, pâtes aux courgettes, pâtes aux pommes de terre, pâtes au poulpe, pâtes aux moules, pâtes à la tomate, pâtes au pesto, pâtes au choufleur et fromage, pâtes au saumon fumé, pâtes carbonara.

Mais pour Léo c’est gravé dans le marbre. Les pâtes, les vraies, …c’est sa fée Jenny, …qui lui manque d’ailleurs beaucoup.

Elle habite maintenant presque de l’autre côté de la terre, et commence aussi bientôt l’école, mais pas aux Serves, et de toute façon c’est elle la reine des Carbonara !

Marins mercenaires / (Sept 12)

Il y a eu une petite fête l’autre jour à bord. Et exceptionnellement du vin et liqueurs pour l’équipage. Le chef machiniste roumain fêtait ses 39 ans. (Il faut savoir qu’il n’y a que de l’eau et café servi sur le bateau pour les marins, du 1er matelot au capitaine ; c’est le code de la marine. Seuls les passagers peuvent picoler.)

C’est la première fois que nous voyions tout le bateau réuni pour la soirée. Car les quarts obligent un tournus régulier du personnel entre le 13ème étage dans le « bridge = cabine de pilotage », ou dans les sous-sols de la salle des machines, en cuisine, ou ailleurs pour repeindre, ressouder, nettoyer, laver le linge…/Un grand buffet auquel les deux cuisiniers italien et philippin ont travaillé.

Il y a des bribes d’histoire qui nous parviennent, et surtout un point commun entre tous : « Marin » c’est rude, mais bien payé.

Entre 1500.- dollars et 9000.- dollars /mois, selon le degré de responsabilités. Ce qui correspond a un salaire triple pour les philippins, un bon salaire double, voire triple pour les roumains, et un salaire un peu moins du double pour les italiens (en fonction des différents coûts de vie du pays).

Les contrats sont de 4 à 6 mois pour les postes gradés, et de 7-8 mois pour les marins sans grade. Chaque contrat devrait alterner avec une période de 4 mois au pays, mais les besoins économiques des uns et des autres les font re-signer souvent plus tôt. C’est une spirale dans laquelle ils se savent piégés, et leurs familles aussi, mais « c’est la vie… ». Ils vivent deux vies.

Seitan travaille depuis 30 ans sur les bateaux. Il a alterné entre bateau de croisière et cargo. Le « croisière » ; c’est trop crevant. Toujours quelque chose à brasser, et des obligations en continu . Les bateaux de croisière ont souvent une taille de plus de 300 mètres de long…, comprenant 4000 passagers et 1000 employés. 5000 gulus, c’est une petite ville en soi ! Sur les cargos, entre 200m et 250m , il n’y a que 30 personnes environ, de l’espace, et des horaires plutôt réguliers dans leur irrégularité. Il y a de vraies soirées pour soi, des moments de détente , film, pêche et autre. Sur les « croisières c’est impossible ».

Seitan a déjà fait bénéficier ses deux fils de 24 et 26 ans , à venir travailler comme marins à tout faire chez Grimaldi : «… En Roumanie c’est la merde. Le plus âgé a fini ses études comme juriste : 300.- euros/mois , impossible de tourner avec ce salaire…avec Grimaldi il gagne du jour au lendemain 5-6 fois plus… »

Aux Philippines le métier de marin est un emblème national. C’est un métier très respecté, peut-être par son salut de sacrifice. Un peu comme des mercenaires des temps modernes, armés non plus de hallebardes, mais de ponçeuses, de meuleuses, attirail anti-rouille, trans-palettes ; il défendent « le Prince » sur ses autoroutes de productions industrielles.

Données techniques du cargo « Grande Francia »: / (Sept. 12)

13 étages x 2,5mètres = 33m de haut, dont 6m sous l’eau = environ 27-28 mètres au-dessus du niveau d’eau. 215m de long, 40 m de large. Vitesse de croisière entre 16 et 20 nœuds = entre 25 et 35km/h.

En voyage le cargo tangue très peu, aucun problème de mal de mer, il est tellement gros et massif, que les ondulations sont du genre gadget-pipi-de-chat. A vrai dire nous n’avons eu que des océans relativement calmes.

Le cargo possède en sous-sol 16 compartiments, répartis sur la surface de coque, qui se remplissent ou se vident avec de l’eau de mer, permettant d’équilibrer la variation des charges. Par exemple si 20 énormes camions quittent le bateau dans un port, et que ceux-ci étaient stockés sur l’avant droit de la coque, au fur et à mesure du délestage, les cales à ces endroits se remplissent d’eau de façon à compenser et donc garder l’équilibre de flottaison . Mais parfois l’ordinateur d’équilibrage se coordonne par accoups, et dans le port de Vittoria, en 10 secondes le bateau a subitement penché « violemment », puis s’est rééquilibré sur 15 minutes environ.

Lorsque le bateau rentre au port il monte d’un mètre environ sur lui-même, c’est-à-dire qu’il se vide un poil de son lest. Lorsqu’il repart en mer il se releste, et donc se renfonce, réhaussant donc sa ligne de flottaison.

Les cabines sont au 12ème étage, et l’entrée sur le bateau est au 3ème. Heureusement il y a un ascenseur.

Juste avant Santos-avant dernier port brésilien / (Sept. 12)

Nous ne cuisinons pas. Nous ne partons pas travailler. Nous n’allons pas faire de courses. Il n’y a pas de famille, d’amis en visite. Juste un peu de lessives et un peu d’école le matin. Et cela avance bien, très très bien.

Nous ne sommes jamais fatigués, si, des fois, mais de trop dormir. Dans ce cas j’aime bien me lever vers 5h, comme en montagne. Le soleil se lève dans la brume de la côte brésilienne, c’est du nectar. Il n’y a que le son des douze pistons diesel en baryton continu. Et tout ce qui vit autour est suspendu , dans une musique qui n’existe pas, avalée, mais qui donne du coup aux contours et aux silhouettes, aux objets environnants, aux barques de pêcheurs, une intensité picturale qui n’est ni de la 2D, ni de la 3D.

Le temps est un toboggan à lecture. Hier soir Marie était à la page 57, et maintenant déjà à la 386. Il y a 3 jours c’était 111, puis 413. Juste le titre des ouvrages qui changent à toute allure. Je suis un peu moins rapide dans mon Isabel Allende : 30 pages /jour, à haute voix, comme me l’a dit Benny, ça me donne l’impression de prononcer super bien mon espagnol. Mais Marie et Félix disent que je parle comme un mexicain. (mais ouf pas comme un suisse-allemand de Comaruga).

Dans 3 jours nous quitterons définitivement le cargo à Paranagua. Nous avons demandé un peu avant Rio de pouvoir prolonger notre course de 7-8 jours à bord, histoire de s’imprégner un peu plus de ce temps gagné. Je veux dire par là ; ces quantités d’heures de cadeau que nos derniers agendas suisses ne nous ont plus offerts depuis de nombreux mois.

Nous n’aurons que 500km de bus à faire depuis ce dernier port brésilien pour rejoindre Iguazu/frontière argentine, au lieu de 1500km ( si nous étions descendu à Rio de Janeiro).

Mais en quittant le cargo, promi-juré , on va se planter 1-2 jours autour d’un terrain de foot où les 2 Gomez juniors pourront hurler leur rage d’enclos, et défoncer les filets jusqu’à la morve de la moelle de leurs lacets.

Escales Brésil

A Vittoria, Rio de Janeiro et Santos les escales durent environ 1 journée. Nous sommes sortis nous promener 2 fois quelques heures ; Rio et Vittoria. A Rio nous avons eu le temps de voir la vue du « Pao Azucar ». C’est un jeu de contrastes difficilement compréhensibles . Rien pendant des jours, soudain des millions de, puis rien, puis des millions, puis rien et des millions. Santos est le plus grand port d’Amérique du sud. On s’enfonce plusieurs kilomètres dans le terres avant d’arriver au bon quai de déchargement. C’est colossal . Juste –là une vingtaine de pales d’éoliennes, 50m de long chacune, sont posées sur des étagères géantes. Il y a un bateau chinois qui livre 7 grues mastodontes portuaires, les mêmes qui déchargent les cargos, mais les 7 sont posées sur son pont, sur lequel il n’y a plus de rebord latéraux, elles dépassent largement à babord et tribord. C’est incroyable qu’un machin pareil puisse traverser l’océan. Elles font juste 35-40m de haut , et pareil, voire plus en envergure. On se demande comment les grues portuaires vont les décharger puisqu’elles ont la même taille ?

A Santos il y a d’abord des plages de plusieurs kilomètres avec des centaines de footballeurs, puis en retrait une forêt d’immeubles de 20 étages, puis le port industriel qui recouvre tout sur des km, et puis encore des parcs à BMW, Mini, et Renaults, puis une séparation bien nette, puis Santos bis bidon-ville, avec cabane sur pilotis dans le bras de mer. Et entre deux un yacht à moteur sur-puissant, blanc et tout pointu, qui fonce. Puis la forêt vierge qui s’étale comme de Genève à Lausanne, avec des collines et pas une lumière qui pointe dans cette masse, si , tout au loin une autoroute qui monte et traverse la forêt.

Dans quelques heures nous quittons le bateau à Paranagua. On se réjouit. L’aventure terrestre démarre.

Notre cargo de 215 mètres

Notre cargo de 215 mètres

Impressions du Cargo août-sept 2012 : Le Havre (France) - Dakar (Sénégal) - Vittoria, Rio de Janeiro, Santos, Paranagua (Brésil)
Pont-levis à l'arrière du cargo

Pont-levis à l'arrière du cargo

Impressions du Cargo août-sept 2012 : Le Havre (France) - Dakar (Sénégal) - Vittoria, Rio de Janeiro, Santos, Paranagua (Brésil)
Escale à Dakar (Sénégal)

Escale à Dakar (Sénégal)

Déchargement à Rio de Janeiro

Déchargement à Rio de Janeiro

Baleine à bosse (8-12m)

Baleine à bosse (8-12m)

Impressions du Cargo août-sept 2012 : Le Havre (France) - Dakar (Sénégal) - Vittoria, Rio de Janeiro, Santos, Paranagua (Brésil)
Dans la cuisine du cargo

Dans la cuisine du cargo

Passage de l'Equateur

Passage de l'Equateur