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Ile de Pâques (Rapa Nui) - Chili (Juin 2013)

Pour voir quelques photos, cliquez sur le lien suivant: http://sdrv.ms/1b3B2En

Ile de Pâques, ou les jongleurs de pierre

4000 km d’ailleurs pour rejoindre l’île de Pâques (Rapa Nui) depuis la capitale Santiago de Chile. Lorsqu’on monte d’un étage à 12'000 pieds, on survole plus de 3000km de banquise nuageuse. On voit se dessiner des vallons, des hauts coteaux, des canyons et des rivières. Mais ce n’est pas l’eau qui érode cette coque blanche, ce sont les courants d’air.

Un village de 4500 habitants sur le coin est de l’île : Hango Roa.

20km par 10km d’une petite « Auvergne » avec ces dizaines de cratères molletonnés, et trois pointes qui culminent entre 300m et 500m aux trois angles de l’île : Poïke, cratère Ranau Kau, Maunga Terevaka.

Du vent chaud,

des chevaux,

des forêts d’Eucalyptus,

Personne,…des Moaïs

des côtes aux roches noires, oranges, rouges,

un champs, une bananeraie,

Personne, …des Moaïs

Une voiture, une fermette,

Encore des chevaux,

L’océan, l’océan, l’océan ,

des rouleaux turquoises,

des îlots qui coulent, surgissent,

des tunnels de lave dans lesquels l’eau se rue comme un piston de locomotive et fait exploser la vapeur dans le bleu du ciel,

Personne, …des Moaïs

Il pleut, il vente, il soleille,

Il vente, il pleut , il soleille.

L’île de Pâques est loin de tout.

Elle est interdite aux mineurs, elle est interdite aux frimeurs et aux râleurs, interdite à la mode et à la pub. Quel bonheur !

Lorsqu’on pose le pied sur le tarmac, on s’acquitte d’une taxe « culture nationale » : on est alors libre de circuler et s’émerveiller sans retenue, sans suivre aucun planning, aucun horaire. Le vélo est le rythme parfait pour sillonner l’île dans tous les sens.

La lumière du jour nous guide à travers cette incroyable profusion de sites archéologiques ; plus de 500 Moaïs (statues entre 4 et 21 mètres de haut ou de long) sont visibles sur l’île. Abandonnés dans des recoins paradisiaques, la plupart fracassés, les nez plongés dans la terre, au milieu des champs, et surtout en bord de côte.

Les premiers conquérants de l’île seraient arrivés aux alentours de l’an 700 après J-C, en provenance des îles de Polynésie. Une douzaine de tribus se seraient développées sur l’île. On attribue la construction de ces statues à leur croyance de l’esprit : celui-ci continuerait d’exister après la mort. Il a donc la capacité d’influer sur le cours des événements. Pour guider ces forces, on les a matérialisé par ces statues, taillées toujours plus grandes au fil des siècles, et représentant des fortes personnalités décédées des différents clans.

Elles étaient dressées dos à la mer, le regard face aux igloos de pierre (=leur habitations), afin de les protéger des éléments et énergies néfastes.

Le premier européen ayant mis pied sur l’île de Pâques, fut le marin hollandais Jacob Raggeveen, le jour de la résurrection de l’an 1722. D’où son nom.

Entre 1770 et 1838 des guerres intestines ont eu lieu sur l’île, et la totalité des Moaïs furent renversés de leurs socles. Dans la foulée les conquistadors espagnols, arrivés des côtes péruviennes, déportèrent comme esclaves la quasi-totalité des hommes. C’est seulement dans les dernières années du 19ème siècle, et début du 20ème siècle, sous la protection des forces armées du Chili que les habitants obtiennent leur autonomie. On s’empresse de renommer l’île de Pâques avec une phonétique polynésienne : Rapa Nui.

Au 20ème siècle , avec l’aide du ministère de la culture du Japon, on redresse une soixantaine de pièces sur leurs sites originaux.

Au centre de l’île se trouve la carrière INCROYABLE de Rano Raraku, sur le flanc d’un volcan. C’est là que sont nés tous ces personnages, avant d’être transportés sur d’énormes chariots-à-rondin de palmiers dans tous les endroits fous de l’île.

Aux abords de la carrière, on peut y voir plus de 80 têtes et corps enfouis de moitié ou aux ¾ dans le sol, ils attendaient leur destination.

Dans une seconde carrière de pierre rouge, à quelques kilomètres de là, on produisait les coiffes (entre 1 tonne et 3 tonnes chacune), qui stylisaient ces figures nobles par le haut. Celles-ci sont légèrement convexes sur leur base afin de s’emboîter comme un chapeau, sur le crâne.

Les yeux des Moaïs sont creux. On pense que pour les festivités religieuses on leur rajoutait une paire d’yeux blancs, taillée dans du corail.

Il ne reste aujourd’hui qu’un seul personnage sur l’île, affublé de ce regard.

Ce feu d’artifice de sculpteurs s’est stoppé dans les années 1800. On a retrouvé également beaucoup de pétroglyphes, dont les dessins (hormis des scènes de chasse de poissons et de gibier) n’ont jamais réussi à être véritablement déchiffré.

L’île de Pâques est une partition d’opéra avec 5 ou 7 époques qui jouent sur un même rythme. « Aujourd’hui », « il y a longtemps » et « à l’instant » embrassent 10 siècles à la fois. C’est léger. C’est le vide, …un silence bruyant d’espadons dans la tête qui flinguent un banc de poissons en 2 minutes… 1000 images qui défilent à travers la force de l’immobilité.

Je peux regarder ces Moaïs des heures, en leur tournant autour, et à chaque pas, en avançant, en reculant, je découvre un autre personnage qui sort du même ; une cascade de poupées de gigogne à l’infini.

Etienne Decroux (grammairien sculpteur du geste mime) était obsédé par l’idée d’inventer l’épure totale qui puisse permettre à un acteur corporel de tout exprimer à travers un seul geste, une seule attitude : la ligne, la forme, l’intensité parfaite .

Decroux n’a (malheureusement) pas rencontré les Moaïs. Ouf , car il en serait mort bien trop tôt, tétanisé de voir que son idée était possible et même déjà bien réalisée, par d’autres compères, bien plus fou que lui !

Du vent chaud, des chevaux,

Personne,…des Moaïs

L’océan, l’océan, l’océan ,

Il pleut, il vente, il soleille, il vente, il pleut , il soleille…

Ile de Pâques (Rapa Nui) - Chili (Juin 2013)