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Afrique du Sud - Cape Town : Le grand écart de l'Arc-en-ciel (août-sept 2013)

Version espagnole / Versión en castellano

Pour voir quelques photos (Duncan Rice & Mamafele) cliquez sur les liens suivants:

- Cape Town et environs : http://sdrv.ms/16rHHIB

- Spectacles à Cape Town : http://sdrv.ms/GHeW14

Afrique du Sud – Cape Town : Le grand écart de l’Arc-en-ciel (août-sept 2013)

29 juillet 2013 ; Istanbul-Cape Town : 300 passagers, l’avion est plein.

Je viens de lire que les 51 millions de citoyens de la nouvelle nation “arc-en-ciel” d’Afrique du Sud se répartissent en une mosaïque de population d’origines diverses : 76% de citoyens noirs, 13% de blancs, 8,5% de métis (coloured) et 2, 5% d’indiens.

Première surprise, dans l’avion pas une seule tête noire. En cherchant bien, on compte une vingtaine de têtes non-blanches.

Après le côté surex-sécuritaire de la Colombie, du Costa Rica et des Etats-Unis (Houston), où l’on nous fracasse en douane une bonne partie de nos caisses de décor de théâtre, on est étonné et soulagé d’atterrir dans une ambiance archi-décontract’ à Cape Town. On passe l’administration en 10 secondes.

4 femmes douanières-policières bien en chair déambulent dans le hall vide, riant aux éclats, et plaisantant d’un commerçant à l’autre, s’arrêtent à la table voisine, prennent un café avec les nettoyeurs et repartent avec leur gros calibres swinguant sur leurs fortes cuisses.

L’aéroport est top moderne, retapé et « designé » pour la dernière coupe du monde. Le réseau routier est impeccable. On roule à gauche, avec un fair-play apaisant (surtout après l’hystérie sud-américaine, le Pérou en particulier). Il y a de nouveau des panneaux de signalisation ! Et de surcroît, très clairs. Tout est écrit en Afrikaans, en anglais. Sommes-nous en Frise ou perdus dans le nord de l’Ecosse ? Le parc automobile paraît tout neuf. Plus de voitures déglinguées, énormément de marques européennes de haut de gamme, est-on réellement en Afrique ?

Sur la bande d’urgence des hommes marchent et poussent des chariots de supermarché.

Très peu d’arbres, tout est « kaal », comme on le dirait en frison sur cette fin d’hiver. Après la forêt tropicale du Costa Rica, le ton est au « pelé ».

Nous prenons avec Cecil (le frère d’Alex = notre copain et voisin suisso-sud-africain de Genève) l’autoroute.

Nous longeons des quartiers de maisons cossues construites sur les flancs raides qui mènent sur les hauteurs du « National Park of Table Mountain » ; un parc national au milieu de la ville ! Des régions de garigues (fynbos) absolument somptueuses, qui dominent par 300-400mètres les côtes très ciselées de la ville et ses environs. Pour se rendre d’un coin de la ville à l’autre on saute souvent d’une colline à l’autre. En un virage on est dans la nature la plus esseulée, cinq minutes plus tard le regard plane sur une crique, plages et baies sauvages si proche de la grande et très moderne urbanisation de Cape Town.

Sur le bord de route des hommes marchent et poussent des chariots de supermarché. Ils sont remplis de troncs. Ils scient toute la journée, construisent des tours de bûchettes qu’ils vendent à la sauvette.

Nous logeons à 40km de la ville, sur la côte magnifique, la tête dans l’océan. Sur la ligne de l’horizon nous voyons le départ des cargos pour les Indes et le Japon ; voilà Scarborough.

De nuit, ici tout est blanc ; le sable, les maisons et les habitants. De jour, ici tous sont noirs ; femmes de ménage, nounous, cuisinières, promeneurs de chiens et hommes à tout faire, débarquant à 7 heures, par le seul bus du matin.

Félix et Léo commencent très vite à baragouiner l’anglais et se lâchent avec Kane (qui leur rend visite 3 semaines en août) avec leur nouveaux amis au Skatepark indoors de Muizenberg. On les force sans peine à y faire un stage intensif sur ces 8 semaines, ils progressent à mort, ils se défoulent et sont heureux. Le bouillon d’hormones se dissipe, et tout le monde respire.

Sur la ligne d’urgence de l’autoroute des hommes sont assis devant un chariot du supermarché « Woolworth », rempli d’accessoires de golf et une haute pile d’herbe. Ils vendent des balles, des surfs et des carrés de gazon.

L’entrée dans la ville par le « Boulevard Mandela » qui longe le port est unique, gros paquebots aux quais de déchargements, ça turbine en gros-œuvre industriel. La toile de fond est un bleu turquoise, sur la gauche un mini-Manhattan du centre-ville. Les parapentes tourbillonnent sur les crêtes en fer-à-cheval qui encerclent les tours. Ils pourraient parfois presque s’y poser à leurs sommets.

Plus loin le téléphérique qui surplombe la ville et s’accroche sur un angle de « Table Mountain ».

En un clin d’œil on embrasse toute la merveille, la puissance, l’opulence, la cosmopolitaine, la symbolique, la diversité, l’héroïsme et la tristesse de la ville qui vibrent ici depuis quelques siècles, et comme des gladiateurs, continuent à s’affronter, se métamorphoser, évoluer par et à travers l’histoire.

Au centre de l’image, second plan ; c’est l’île de Robben Island qui transparaît, comme une île de pirate dessinée par la main d’un enfant. Tous les plus importants leaders de l’ANC y sont enfermés pendant les très longues dernières années du régime fasciste (déchu officiellement seulement en 1994). On y passait le temps à fendre du caillou à la pioche.

L’Apartheid a été une des réalisations sociétales les plus sordides et effrayantes jamais inventée et appliquée par l’esprit humain.

Fin du 17ème siècle les Hollandais débarquent au Cap, suivis quelques années plus tard par les Anglais.

Dès leur arrivée, les très calvinistes nordiques, déclarent l’Afrikaans comme langue officielle de la région. S’appuyant sur la Bible ils imposent une politique de discrimination raciale. Cette politique est renforcée au début du 20ème siècle avec la découverte des mines d’or. On instaure très vite, pour asseoir ses avantages, la législation du « coloured bar », qui consiste à exclure les Noirs des emplois qualifiés (1911). On crée alors des réserves tribales ; les premiers bantoustans, qui correspondent à 13% du territoire national. Les « accords » du Native Land Act (1913), du Native Trust and Land Act (1936) font avancer l’absurde.

A partir de 1948, le National Party a érigé l’Apartheid en dogme.

En 1949 le mariage entre Blancs et non-Blancs est interdit. En 1950 l’interdiction des relations sexuelles interethniques est appliquée pour les Indiens, Métis et Asiatiques (déjà en vigueur depuis 1923 concernant les Noirs et les Blancs).

Dès 1954 on intensifie la création des bantoustans = création artificielle de foyers dit « nationaux » (= Homelands). Ces bantoustans accèdent à l’autonomie interne, mais totalement dépendants financièrement de l’Afrique du Sud. Se sont en fait des réservoirs de main d’œuvre. De plus le gouvernement prive leurs ressortissants de la nationalité sud-africaine, ce qui fait des travailleurs noirs, dans une Afrique du sud blanche, des étrangers dans leur propre pays.

Avec d’autres mots : « La politique d'apartheid fut le résultat de l'anxiété historique des Afrikaners obsédés par leur peur d'être engloutis par la masse des peuples noirs environnants. Les lois rigides qui en résultèrent, dictées par une minorité dynamique obsédée par sa survie en tant que nation distincte, furent ainsi le résultat d'une confrontation, sur une même aire géographique, d'une société sur-développée, intégrée au premier monde avec une société de subsistance, encore dans le tiers monde, manifestant le refus de l'intégration des premiers avec les seconds.”(ref. Wikipedia).

Nous longeons l’océan. Dans les dunes raides un homme s’enlise avec un chariot du supermarché « Pick’nPay ». Il tire sa ferraille vers Khayelitscha, le plus grand township de la ville. 800'000 personnes y vivent. Un tapis à perte de vue de petites cabanes, collées millimétriquement les unes aux autres. Un filet de câbles électriques ceinture l’espace. Des batteries de WC en béton sont alignés dos à l’autoroute pour délimiter la fin de la zone. Derrière ceux-ci des menuisiers écument le coin de tous les déchets de bois qu’ils trouvent. Ils construisent des niches pour gros chiens qu’ils vendent sur l’autoroute.

Il y a tellement de petits et grands townships mêlés à la ville cossue, qu’on ne sait plus ou est la réalité. Au marché on achète sa maison en kit, elle est pré-construite pour l’occasion autour d’un arbre, pour ne pas qu’on la vole en soirée, le toit cadenassé contre le tronc. 3 mètres x 3 mètres. Pour les deux fenêtres, il faut encore trouver ailleurs de quoi les fermer.

De nuit comme de jour les blancs roulent, les noirs marchent.

Et lorsque tous roulent, les voitures d’un conducteur blanc sont pratiquement toujours vides. Celle d’un conducteur noir pratiquement toujours pleines, lorsque c’est un break on s’entasse par 10 ou 15 à l’arrière.

Les écarts économiques entre les différentes franges sont vertigineux. L’apartheid économique est brutal. La vie semble ici encore extrêmement compartimentée. La mixité, 19 ans après le passage à la démocratie, est pour nous difficile à déceler, nous avons l’impression dans ces 10 premiers jours de ne voir que des blancs vivant selon les codes des derniers conforts européens se croisant de façon hygiénisée avec des noirs n’ayant pour possibilité que de les servir. Impressions glaçantes… !

Par l’intermédiaire d’Alex nous rencontrons son beau-frère Thursten, directeur d’école secondaire sur le plateau des « Flats », à Manenberg. Il nous est impossible d’aller jouer dans son établissement, car le quartier est en proie aux fusillades de gangs. Les écoles sont même fermées quelques jours, le temps d’amener du renfort policier anti-gang de Johannesburg.

Avec Thursten nous entamons, sans nous en rendre compte, une incroyable immersion dans un des chantiers titanesque du pays : surpasser les blocs, recréer le mélange.

Les fêtes de famille nous révèlent petit à petit le parcours alambiqué qu’à dû mener la communauté métis à Cape Town : le rejet systématique par les Blancs, mais pas complètement, et de l’autre côté une forte distance des Noirs à leur égard, considérant qu’ils étaient trop proches des Blancs.

Sylvia nous parle de la famille de son mari, qui vivaient dans une maisonnette sur l’actuel site du fabuleux jardin botanique « Kirstenbosch ». Sur un timing de quelques heures, on déporte des quartiers entiers de population non-blanche. On part au bouleau le matin, on ne peut plus rentrer chez soi, les maisons sont aplaties le jour même au tracs, et le lendemain démarre des chantiers de maisons blanches. Les Métis et les Indiens sont parqués sur le plateau du Flats, les Noirs à Khayelitscha. Le centre-ville et les côtes sont réservés aux Blancs, ainsi que toutes les meilleures terres pour l’agriculture.

« Les vieilles générations doivent s’éteindre au plus vite, pour passer définitivement à autre chose », nous dit Thursten.

« Il faut inventer des espaces publics de mixité, l’école en est le plus important ».

Nous entrons jouer dans nos premières écoles du Flats. L’accueil est magistral. Notre regard va s’assouplir, et notre esprit se détendre.

Les pièces du puzzle que nous palpons sont encore sous-terraines. « Après la chute du régime, et le passage à la démocratie, il nous aura fallu 20 ans d’apprentissage à l’acceptation des différences » nous dit Mark (directeur de la Windsor Highschool) « …juste de quoi nous mettre en condition pour débuter véritablement l’expérience de la mixité ».

Certes elle est encore timide, parfois même homéopathique, mais on la voit. Les enfants eux sont totalement à l’aise, le vivre ensemble va déjà de soi. Les gens ne sont plus des pots de peinture à trier selon la couleur et cette histoire leur semble déjà tellement lointaine.

Mark nous parle de sa famille, qui réunissait à elle seule tous les degrés de taux de mélanine possible à une même table. Des Hollandais, des Irlandais, des métis comme lui, des Xhosa et de la famille indienne. Il fallait sans arrêt se cacher pour se retrouver et festoyer. Mais la diversité totale du pays miniaturisée au sein d’une même famille l’a aidé à surmonter beaucoup d’aigreurs.

Véronica : « On sucre beaucoup notre thé pour compenser la vie amère qu’on a eue ! »

Parfois on maugrée sur les méthodes actuelles mises en place par l’ANC pour soutenir la frange noire et les plus défavorisés, ça traîne trop, et beaucoup d’opportunistes s’engraissent au passage.

Didy, la fille de Thursten s’est vue refuser il y a quelques mois une bourse d’étude « …parce qu’elle n’était pas assez noire, une sorte de nouvel apartheid à l’envers.»

« On se plaint beaucoup en ville, comme quoi rien ne bouge, (nous dit Thursten) mais l’ANC a mis le paquet sur les campagnes ces deux dernières décennies, car là-bas il n’y avait strictement RIEN. Pas d’hôpitaux, pas d’écoles, pas de routes. En 20 ans c’est incroyable comme le pays a déjà changé, mais il nous faut plus de temps, 50-60 ans certainement. »

Francis est prof de math à « Surrey School ». Il vient nous parler du quotidien des élèves de ce quartier bien trop modeste. Il gagne 8000.- Rands par mois (=800.- dollars), et soudain au milieu de la discussion il ouvre son porte-monnaie : il est vide, comme tous les jours de l’année d’ailleurs. L’argent qui rentre paie la nourriture et le loyer. Le reste est investi à 200% dans l’éducation de ses trois enfants. « Les bonnes écoles sont toutes privées et extrêmement chères. Mais il n’y a pas d’autre moyen pour s’en sortir, …l’éducation, l’éducation ».
« …Il faut que nos enfants étudient pour devenir des bénéfices pour la société, non pas qu’ils s’en servent à leur seule fin personnelle !» « Jeune, je rêvais toujours de vieilles belles voitures, une vieille Mercedes,…dans une autre vie. Ma Mercedes à moi ce sont mes trois enfants, dont le premier qui vient de terminer sa formation universitaire et qui voyage déjà dans tous le pays. »

Nous croisons par surprise Alex deux jours à Cape, qui nous emmène de nuit découvrir le charme du centre-ville. Dans la zone piétonne, nous passons sous la fenêtre du premier appartement qu’il a loué dans la ville avec son amie de l’époque. Location qui n’a duré que quelques jours puisque le voisinage blanc avait la loi avec lui pour l’éjecter du tac au tac.

Avec Kane son fils, Félix et Léo nous dévalons ces dunes sur la plage qui, si longtemps, il n’a jamais pu fouler. L’appartement où nous logeons a été acheté il y quelques années par son frère Cecil par Fax. Unique moyen d’acheter quelque chose en déjouant le bastion blanc.

Les spectacles cartonnent comme jamais. Le public a parfois des réactions d’intensité hystérique. Les rires n’ont jamais été aussi chaleureux, et l’attention si forte, bouches ouvertes ! Nous devons nous-mêmes nous pincer les lèvres, pour ne pas éclater de rire avec eux. C’est un régal.

A Marian’s school nous jouons pour 80 filles ados Xhosas. Pour nous remercier elles entament une série de gospels, mêlés à la danse qui prend des proportions hallucinantes d’un énorme coryphée ; extraordinaire.

Dans cet élan nous rencontrons l’incroyable Duncan, directeur de la « Helen O’Grady academy » pour l’Afrique (école d’art dramatique).

Au milieu des années 1980 il quitte le pays en catastrophe, menacé par 6 années de prison, suite à ses activités militantes. Il part en exil et se réfugie au Royaume-Uni pendant plus d’une décennie. Là-bas il se forme au jeu d’acteur et à la pédagogie. En 2003 il rentre au pays, et se lance corps et âme dans ce projet de laboratoire de la mixité.

« Les cours créatifs d’art dramatique donnent une voix aux enfants, au propre comme au figuré. Au-delà des projets d’épanouissement de l’enfant, c’est également d’apprendre à ex-primer au dehors, à dire NON. Il y a beaucoup de problèmes de violence et d’abus sexuel à leur égard dans la société sud-africaine. »

A travers ses contacts nous poursuivons la découverte du panel incroyable de Cape Town : plus de 80 nationalités vivent sur ce petit bout de terre ensemble depuis des lustres, toutes origines confondues, toutes diversités confessionnelles confondues (musulmans, chrétiens, juifs, catholiques), tout niveau social confondus. De l’école de filles la plus prestigieuse d’Afrique du Sud aux écoles des quartiers les plus modestes, ainsi qu’à l’école professionnelle de théâtre de mouvement « Magnet Theater » tenue par Jennie, une disciple de l’enseignement Jaques Lecoq de Paris.

En si peu de semaines notre regard sur la ville a été bousculé. Une vraie métamorphose. Beaucoup beaucoup de fraîcheur et une énorme hospitalité dans ces écoles. On improvise, on déplace, on arrange du tac au tac les horaires. Les solutions sont toujours trouvées pour nous recevoir pleinement. On nous offre et on prend le temps de discuter. Certains petits débats d’après-jeu sont exquis. Ce patchwork de lieux socio-culturels de la ville et sa banlieue, nous fait traverser d’innombrables quartiers, rencontrer de nombreux directeurs, enseignants, parents d’élèves et comédiens. Le brassage s’est révélé chaque jour plus fort à nos yeux. L’ouverture d’esprit et la force de « voir en avant » chez ce corps enseignant nous ont beaucoup touché.

12 établissements visités, 21 spectacles et beaucoup d’enchantements.

Chaque soir avec Marie, avant de nous coucher nous nous re-savourons ensemble la journée. Nous nous précipitons au lit, pour vite nous réveiller et vite repartir vers une nouvelle surprise.

Cecil (le frère d’Alex) est impliqué bénévolement avec beaucoup d’associations. Son dernier coup de cœur est d’avoir repris avec des copains la patente d’une des rares huttes de montagne de « Table Mountain ». Trouver une manière de la retaper, et surtout d’y amener régulièrement des gamins des townships pour une nuitée, avec découverte de la flore du parc national. Dans les derniers jours de notre séjour nous avons participé à une de ces marches. Nous nous sommes débrouillés avec Félix et Léo d’y trimballer en bandouillère une caisse de matériel de théâtre. Notre dernière révérence sud-africaine fut dans cette hutte sans électricité, sous les étoiles, où nous avons joué des extraits des deux spectacles aux bougies !

Les Petits Riens :

- Les baleines arc-en-ciel : lorsque les baleines font l’amour elles ne se gênent pas pour le montrer. Dans la baie de Simon’s Town, après les séries sportives de grands sauts où les mâles doivent séduire une femelle, des couples se forment et viennent faire des duos de pirouettes latérales, dans un rythme de taï-chi, à quelques 15-20 mètres du rivage, par 3-4 mètres de fond seulement. Ça dure 2-3 heures, et dans cette danse cyclique les deux queues s’entrelacent dans de subtils mélis-mélos infinis. Des dizaines de voitures s’arrêtent en double-file, un essaim de portables, jumelles et d’appareil photos crépitent sur la plage. Tous les chapeaux, tous les voiles, toutes les lunettes, toutes les couleurs, les tailles et les formes : un vrai love-peace moment de mixité absolue ; avec les baleines the « rainbow-country» is real and possible !

- Top ten : au milieu du 20ème siècle on a considéré l’Afrique du Sud faisant partie du top ten des pays « avancés ». Cela n’était en réalité que l’image des 15% de la population blanche, reflétée à l’étranger comme représentante de tout le pays.

Avec la médiatisation des luttes raciales et la reconnaissance officielle des gouffres, le pays rétrograde à la 150ème place mondiale. En 1994, avec Mandela comme président, les blocus économiques internationaux sont levés, les exportations de maïs, sucre, vins, ovins sont relancées. Mais surtout l’exploitation des sous-sols, très riches en or et diamants, sont boostés.

Par ses gisement colossaux en uranium, le pays s’était même doté d’armement nucléaire (démantelés depuis avec le gouvernement Mandela 94 à 99).

Le chômage atteint toujours un taux record dans les communautés noires : 40% de la population active.

- Addo Park (Port Elisabeth) : les éléphants vivent en troupeau de 10 à 30 bêtes, ce sont les femelles qui mènent la danse et s’occupent d’élever les petits. A partir d’un certain âge les mâles sont éjectés du groupe, condamnés à vivre en solitaire. Lorsqu’ils sont à maturité sexuelle, et en recherche d’une femelle, on les voit traverser des longues prairies, les deux jambes arrière complètement décolorées-dépigmentées par leur propre urine dont ils n’arrêtent pas de s’asperger…

La démarche d’un éléphant qui vous passe à 2 mètres devant les pieds est à vous couper le souffle pour 2 raisons sublimes ; a) la puissance couplée à la souplesse du balancé et la souplesse articulaire du pachyderme est une pure merveille, b) l’éléphant se déplace sans aucun bruit, car le dessous de ses pattes est coussiné et s’adapte totalement aux irrégularités du terrain.

- Cheetah : croiser le regard d’un guépard est très troublant. Ses yeux sont énormes, se sont des lasers. Et tout son corps est la prolongation directe de l’œil. Il regarde toujours très loin, au loin, comme le sphinx.

Afrique du Sud - Cape Town : Le grand écart de l'Arc-en-ciel (août-sept 2013)