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177 révérences face à l’inconnu. Le Bonheur, pari impossible ? (Avr-Juillet 2014)

Pour voir quelques photos (Nicola Cuti) cliquez sur le lien suivant :

http://1drv.ms/1otSExS

177 révérences face à l’inconnu. Le Bonheur, pari impossible ?

Nos 100 kilos de matériel théâtre-miniature rentrent avec Christian en Suisse. Après avoir sillonné l’Inde en partie avec nos musiciens, d’Est en Ouest, du Sud au Nord, nous terminons notre tournée de deux ans à « l’Ecole Mondiale de Bombay ». Ce sera notre tout dernier spectacle-solidaire en Inde, et notre ultime 177ème révérence face à l’inconnu de ce grand voyage. S’extraire du quotidien - à la rencontre des autres : fut notre donne de départ. Comment faire ? Notre envie spontanée, naïve et enfantine, devient notre pari : ne rencontrer que des gens engagés et passionnés par ce qu’ils font. Nous ne voyagerons pas en touristes, mais en « travailleurs-découvreurs » qui offrent leur passion pour ces rencontres. Je miniaturise deux de mes spectacles visuels comme « outil de rencontre et de partage », (qui traitent par un langage visuel de mime, de danse et de manipulation d’objets) de problématiques universelles de l’environnement ; l’eau, et la forêt-déforestation. Petit à petit toute la famille est impliquée dans le jeu, la technique et les contacts à prendre. Nous contactons des ONG, organismes ou associations qui travaillent sur 4 terrains ; le social, la culturel, l’environnement et l’éducation. Débute alors un incroyable feu d’artifice. Ces spectacles déclenchent un enchantement et une générosité d’accueil qu’il nous aurait été impossible d’imaginer depuis l’Europe. Nous jouons partout : dans les mégalopoles folles, dans les campagnes, dans la jungle, en haut des montagnes à plus de 4000mètres d’altitude. Dans les théâtres, les temples, les églises, des festivals, des parcs nationaux, des places de villages, sur les terrains de foot, dans les hameaux des aborigènes d’Orissa. Dans tous les milieux sociaux et économiques, des gens les plus démunis au milieu des bidons-villes, comme dans les milieux les plus aisés et les plus « éduqués ». La diversité est infinie. Les contrastes du mode de vie de l’humain sont invraisemblables. L’Homme s’adapte à TOUT; au froid, à la chaleur du désert, à l’altitude, aux régions noyées d’eau, au modernisme, à l’extrême simplicité, au confort et malheureusement aussi à beaucoup d’injustices. Argentine, Paraguay, Pérou, Colombie, Costa-Rica, Afrique du Sud, Laos et Inde : 177 spectacles offerts au total, qui nous aurons permis de rentrer au cœur des communautés, des familles, de leurs amis et de leurs connaissances. Bref, d’entrer à chaque fois en contact avec des publics inédits et improbables. Au-delà de toutes les découvertes fascinantes et des travers humains effroyables que nous avons côtoyés et observés durant ces 2 ans, notre bonheur c’est d’avoir été témoin que les émotions humaines, au-delà de la barrière des langues, sont les mêmes partout. Les joies, les pleurs, les rires, les souffrances, les déceptions, la compassion, l’envie de se dépasser, la fascination pour le magique, la poésie, l’imaginaire…et donc le besoin si lointain de l’enfance, bien au-delà de toute confession, croyance et conviction, … de rêver et d’assouvir sa curiosité… sont vraiment universels. Le bonheur c’est aussi d’avoir rencontré tellement de petits héros, ces personnes qui regardent leur peurs en face avec courage, au risque de perdre leur amis, leur famille, leur vie, et qui misent sur l’audace et l’authenticité, à rebours de la forte tradition, ou de la pression de leur religion, ces personnes qui mettent en commun avec les autres et pour les autres, le meilleur de leur compétence professionnelle, leur expérience généreuse de vie, leurs sens aiguisés, leur réflexions et leur idées, et leurs émotions qui se sont transformées avec le temps en actes concrets. Une résistance active contre la bêtise et le défaitisme. Ces actes, ces objets, ces actions sont des cadeaux accessibles à tous.

Voyager en offrant le meilleur de soi-même, c’est soudain s’asseoir à la table des cadeaux. Le plus grand cadeau c’est l’énergie. On nous a souvent demandé d’où nous puisions tellement d’énergie pour faire ce que nous faisions.

Le plaisir de rencontrer donne de l’énergie, le plaisir de partager donne de l’énergie, le plaisir d’écouter le différent donne de l’énergie. Cette énergie est énorme. C’est comme si elle ne se tarit jamais, au contraire elle semble provoquer de nouvelles idées, et de nouvelles envies de rencontres.

Nous ne suivons aucun régime particulier, nous sommes parents sans être marié, et ne croyons dans aucune religion particulière.

Ceci aurait pu sur la planète en choquer plus d’un. Jamais ces différences de style n’auront posé aucun problème aux rencontres et collaborations fortes que nous avons faites. Nous avons toujours été très bien accueillis et respectés comme des partenaires d’égal à égal.

Le bonheur c’est aussi d’avoir gouté ensemble à un sentiment très fort de liberté.

Le bonheur c’est encore de vivre ce projet en famille. Car nous nous rendons compte que ces 24 mois passés ensemble à 4 sont uniques, permettant de développer des complicités qui j’espère seront l’antidote aux amertumes, et aux découragements futurs quelconques. Chacun y puisera des forces et de l’inspiration quand il en aura besoin, et plus que tout : l’Humour. Ce voyage aura été un laboratoire de la multitude de nos petites et grandes histoires d’amour quotidiennes, entrelacées et pimentées (parfois à l’excès comme le sont les plats indiens) de toutes nos humeurs possibles. J’appellerai cela platement et joyeusement l’alchimie de l’Amour. C’est le combat perpétuel contre l’enlisement, l’enlisement qui étouffe la pulsion ineffable du rêve.

Rêver c’est avoir des projets, de les imaginer, puis de les inventer dans le concret et les réaliser.

La vie est un partenariat où tout est possible. C’est ce que Marie et moi ressentons fortement de ce grand voyage, et c’est ce que j’aimerais que nos enfants retiennent avec passion de cette aventure. Alors à leur tour, ils n’auront pas d’excuse pour se lancer avec confiance dans la quête de leur bonheur.

Calcutta, juillet 2014

177 révérences face à l’inconnu. Le Bonheur, pari impossible ? (Avr-Juillet 2014)